LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS
tireurs avec deux pièces étaient établies à un kilomètre de la ville sur une petite crête qui domine la route ; à gauche, quatre autres compagnies gardaient la jonction des routes de Mamers et de Marolles ; enfin une autre compagnie était retranchée dans une maison isolée et entourée d'un jardin dont les murs crénelés offraient un bon abri. L'action commença à onze heures trente minutes. Les Prussiens s'avancèrent en colonne serrée , précédés de nombreux tirailleurs qui ouvrirent bientôt le feu , sans pouvoir toutefois franchir la rivière, le pont du chemin de fer ayant été rompu le matin. Sur la route du Mans, l'attaque était des plus vives ; il fallut envoyer quatre autres compagnies et deilx nouvelles pièces pour soutenir les troupes déjà engagées. L'ennemi s'était avancé jusqu'à huit cents mètres, lorsque le capitaine Ducamp, s'élançant en avant avec sa compagnie , put prendre position dans un cimetière à la droite de la route et à trois cents mètres des pièces ennemies. Cette audace coûta la vie à ce brave officier; mais les autres compagnies, électrisées par son exemple, s'élancèrent en avant et forcèrent les Allemands à reculer. Après s'être ralliés, ils essayèrent en vain de tourner notre droite et d'établir de nouvelles pièces en batterie pour contre-battre celles qui défendaient le carrefour des routes de Mamers et de Marolles. Ce combat avait duré jusqu'à la nuit; mais les munitions d'artillerie étaient presque épuisées , les barricades établies dans la ville n'étaient point des défenses suffisantes pour résister à l'ennemi, qui, recevant de nombreux renforts, ne manquerait pas d'attaquer sérieusement le lendemain. Le général Lipouski ne voulant pas, d'un autre côté, exposer Alençon aux conséquences d'une lutte dans la ville, se décida à se mettre en retraite par la route de Prez-en- Pail et à gagner, dans la nuit, Saint-Denis. Il avait eu 40 artilleurs tués ou blessés et 120 francs-tireurs mis hors
de combat, dont 3 officiers. D'après les renseignements qu'il a pu recueillir, les pertes de l'ennemi pourraient être évaluées à 8 ou 900 hommes tués ou blessés ^
Le 1 6 janvier , de bonne heure , le général en chef recevait des nouvelles de l'amiral et apprenait son mouvement sur Laval malgré son brillant combat de Saint-Jeansur-Erve.
Tous les corps reçurent alors les instructions suivantes réglant les diverses dispositions à prendre pour la retraite.
« Au grand quartier général à Evron, le 15 janvier 1871 (n^ 216).
« Gomme on pouvait le prévoir hier, l'ervnemi, qui avait »» engagé ses têtes de colonne sur toutes les routes menant M sur nos lignes de Montreuil-le-Ghétif à Loué, a attaqué » presque toutes nos positions; le 21" corps l'a vigoureu- » semeitt maintenu sur les routes de Sillé à Fresnay, à » Segrie, à Neuville et à Gonlie, lui faisant des prison- » niers, donnant à nos convois le temps de prendre de M l'avance sur les directions indiquées , et ne quittant ses » positions qu'à la nuit tombante , amsi que le prescriw vaient formellement les instructions d'hier.
» Le 17'' corps, aux prises de son côté avec quelques » avant-postes ennemis qui s'étaient portés sur ses posi- » tions, s'est débandé, a battu en retraite beaucoup trop » tôt et beaucoup trop vite, découvrant ainsi le flanc droit » du 2V corps ; il n'a pas occupé la position si importante » et si forte de Sainte-Suzanne malgré l'ordre donné à » diverses reprises, et s'est rabattu en grande partie sur » Évron, laissant ainsi l'ennemi s'établir sans coup férir à » Sainte Suzanne et menacer sérieusement, tout à la fois, » la droite du 2V corps, les convois et l'artillerie engagés
^ Les détails de cette affaire d'Alençon ont été fournis par un rapport officiel du généra] Lipouski.