LIVRE GIINQUIÉME. — LAVAL
» sur Lisieux, soit sur Bernay. Je ne puis, avant d'être » bien fixé , quitter mes positions de JLaval à Mayenne ; » mais sans trop m'affaiblir de ce côté , je renforce succès- M sivement mon aile gauche pour reprendre l'offensive
V dans la direction de la Seine dès que je n'aurai plus rien » à craindre sur ma droite, et que je pourrai dégarnir » Laval sans m'exposer à voir l'ennemi marcher sur » Rennes. Il me tarde de voir les forces de Bretagne , orga- M nisées sur les bases que je vous ai proposées , en mesure » de défendre le pays que je quitterai , en se portant der- » rière la Mayenne pour compléter le système de défense » que Gathelineau commence à organiser derrière Ghâ- » teau-Gonthier. Les 45 ou 50,000 hommes de Bretagne » qu'on me dit armés actuellement peuvent, bien répartis w et commandés par des chefs sérieux , défendre efficace- » ment le pays et me rendre la liberté d'action dont j'ai » besoin pour profiter d'une bonne chance que le mouve- }} ment de retraite de l'ennemi, s'il se confirme, peut me M procurer d'un moment à l'autre. Je ne puis à la fois cou- » vrir la Bretagne , de la Seine à la Loire , et tenter des » opérations qui me forcent à me grouper et par cela » même à dégarnir une partie de la ligne si considérable
V que je suis obligé de tenir pour ne rien compromettre. » Le général Saussier me demande d'aller organiser sa M division sur les derrières de l'armée. Il tient une position » sur laquelle je ne puis le remplacer. Il importe donc » qu'il reçoive, sur place, tout ce dont il a besoin pour se » constituer d'une façon sérieuse, et il lui manque beau- » coup de choses si j'en juge par la dépêche qu'il m'adresse » ainsi qu'à vous.
M Nos reconnaissances ont obtenu aujourd'hui de bons » résultats. Elles ont repoussé partout les avant-postes de M l'ennemi, fait quelques prisonniers dont un officier, et le » sous-lieutenant indigène Kara-Mohammed a tué de sa
» main un officier de cavalerie prussienne aux environs » de la Chapelle-Rainsouin.
» Signé : Général Ghaînzy. »
Le général en chef avait pressenti , depuis quelque temps , des tiraillements qui malheureusement ne furent que trop réels dans Torganisation des forces bretonnes. Les anciens chefs du camp de Gonlie se faisaient avec peine à l'idée de céder à d'autres un commandement qu'ils avaient exercé évidemment avec le plus grand patriotisme, mais qui, par suite de difficultés dont on ne peut les rendre responsables , n'avaient pas atteint le résultat désirable. Les circonstances étaient néanmoins trop graves pour s'arrêter à des susceptibilités, quelque justes qu'elles pussent être; aussi, pressé de sortir de cette situation, le général en chef adressait-il à Bordeaux, le 24 janvier , la dépêche télégraphique confidentielle suivante :
« Toujours préoccupé du danger que pourraient courir » la Bretagne et la Loire-Inférieure si je quittais mes po- » sitions actuelles , et sentant néanmoins qu'il me faut » être libre pour reprendre les opérations et poursuivre un » résultat, je vous propose le parti suivant dans lequel j'ai » cherché à tout concilier. Donner au général de Colomb » la mission de défendre la Bretagne , couvrant Rennes et » Nantes; lui laisser, à cet effet, deux de ses divisions » comme base de son armée , grouper sous ses ordres les » forces de Bretagne sous trois ou quatre chefs , dont Gha- » rette et Gathelineau , ayant chacun 10 à 15,000 hommes » et une zone de pays à protéger , renforcer le 16* corps, » très-réduit par le feu et les maladies, en lui ajoutant la » division prise au 17®.
» Concentrer immédiatement les forces de Bretagne sur » les positions à prendre pour la défense, et me porter M avec les 16% 19® et 21* corps, formant l'armée active,