LIVRE GlISQUIEME. — LAVAL
>î exigeons que l'ennemi se conforme strictement à ce »j qu'elle lui impose.
» Faites donc savoir au grand-duc de Mecklembourg, en » lui parlant aussi haut qu'il a pu le faire lui-même , que » vous entendez qu'il se tienne exactement sur ses limites ; » et que s'il en était autrement, vous considéreriez la con- » vention comme violée et les hostilités reprises. Que » l'ennemi de la France sache bien que, tout en respectant » la parole donnée, nous n'acceptons en aucune façon le « rôle de vaincus. S'il y a difficultés nouvelles, je vous » autorise à envoyer au commandant des troupes alle- » mandes, devant vous, copie de cette dépêche qui con- » lient mes instructions , et que je communique au Gou- » vernement. »
Ces difficultés finirent par s'aplanir et par recevoir une solution dans une conférence qui se tint au château de Marolles, le 2 février 1871, entre les officiers délégués par le général Dargent : MM. Senault, chef d'escadron d'état-major, et Robert le Fort, chef d'escadron d'étatmajor auxiliaire * ; le colonel d'artillerie Wiebe, et le capitaine d'état-major de Heister, envoyés par le grand-duc.
Ceux-ci voulaient nous imposer une ligne partant de Pont-l'Evêque et passant par la Boissière, Saint-Julien, Boissy, Norrey, Montabard, Saint-Hilaire.
Les officiers français ne voulant pas, dans ces graves circonstances , rompre les négociations , ce qui pouvait amener la reprise des hostihtés, luttèrent avec la plus grande énergie contre de semblables prétentions. Ils obtinrent enfin que la ligne passât par la Motte qui , plus près de Lisieux , mettait Mézidon , point le plus important pour nous, en dehors de la ligne de neutralité, par
1 L'officier supérieur dont il s'agit n'était autre que le duc de Chartres, qui servait sous le nom de Robert le Fort. — Voir à l'Appendice du livre V.
les Moutiers-en-Auge , plus éloigné de Falaise , et par Occagne, plus rapproché d'Argentan.
Enfin, une stipulation spéciale fixait que non-seulement les villes d'Argentan et de Lisieux seraient neutres, mais ne seraient pas même visitées par les patrouilles prussiennes. Malheureusement, quoi qu'ils pussent foire pour cela, il ne fut pas possible aux délégués du général Dargent d'obtenir une semblable condition pour Honfleur qui se trouvait à moins de quatre kilomètres des points occupés par l'ennemi sur la rive droite de la Seine.
Pendant cet incident, le général en chef mettait le temps à profit en prévision de la continuation de la lutte ; bien que dès ce moment tout indiquât de part et d'autre un grand désir de la paix. L'instruction des troupes fut poussée activement; les jeunes soldats furent exercés au tir à la cible ; les travaux de défense en avant de nos lignes, achevés et perfectionnés.
D'un autre côté, des dispositions furent prises pour que l'armée pût participer aux élections des membres de l'Assemblée, suivant les ordres du Gouvernement.
Enfin, le service des parlementaires fut réglé avec le soin le plus minutieux , ce qui était d'autant plus nécessaire qu'il était très-fréquent. Le général en chef se trouvait chargé de toutes les dépêches à faire parvenir à Paris, comme de toutes les demandes au sujet de la libre disposition du chemin de fer de l'Ouest pour le ravitaillement de la capitale. Cette question urgente et de la plus haute importance, rencontrait de nouvelles difficultés parce que, malgré le texte de la convention, malgré les dispositions favorables, il faut le reconnaître, des commandants allemands, ceux-ci ne se trouvaient pas avoir les pouvoirs suffisants pour résoudre ces difficultés.
Cette affaire put enfin être terminée heureusement, grâce à M. le comte de Kersaint, administrateur des chemins de