‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 291 sur 345 · SITUATION GÉNÉRALE DE NOS FORCES · texte numérisé non relu

SITUATION GÉNÉRALE DE NOS FORCES

Au milieu de ces soins divers , le général en chef était profondément préoccupé de la situation dans laquelle allaient se trouver la France et son armée à la fin de cette trêve, si la lutte devait recommencer.

Au nord , le général Faidherbe , après d'héroïques efforts, avait été obligé de renfermer ses troupes dans les places fortes, et le corps du général Loysel, refoulé dans la pointe du Havre, ne poifvait produire qu'une défense locale. A l'est, l'armistice créait pour Belfort de nouveaux dangers, et il était déjà facile de prévoir le sort qui attendait l'armée de Bourbaki, malgré ses beaux succès au début de ses opérations.

La deuxième armée de la Loire, forte de cent quarante mille combattants, en ne tenant pas compte des troupes à laisser en Bretagne, était donc, à ce moment, la seule réellement en état de reprendre immédiatement la campagne.

Paris avait capitulé, il n'y avait plus dès lors à songer au projet de se porter sur la Seine.

La question capitale était de couvrir le sud de la Loire, d'arrêter l'ennemi s'il voulait y pénétrer, et de donner au pays le temps de s'organiser pour une nouvelle résistance.

Le général en chef voyait surtout un grand avantage à ce qu'on se préparât aussi promptement et aussi complètement qu'on le pouvait encore, à ce qu'on parût plus disposé que jamais à ne pas reculer devant la guerre, si la paix qu'on allait négocier rencontrait des prétentions inadmissibles.

Si arrogants qu'aient été nos vainqueurs, il lui avait été

donné, ainsi qu'à ceux qui l'entouraient, de se renseigner auprès des prisonniers, et devoir assez d'officiers allemands dans le règlement des questions qu'entraînait l'armistice, pour se convaincre que tous désiraient la paix , et que la continuation de la guerre eût été pour eux, aussi bien que pour l'Allemagne, une nécessité à laquelle ils se seraient évidemment résignés, mais qui leur eût paru des plus pénibles.

Il était donc permis, non sans raison, d'espérer qu'on pourrait obtenir des conditions meilleures, si l'on se montrait bien décidé à reprendre la lutte plutôt que de subir une paix humiliante. N'avait-on pas encore, d'ailleurs, pour ressources immédiates, 222,000 hommes d'infanterie, 20,000 de cavalerie, 33,900 d'artillerie, 1,232 bouches à feu pourvues de 242 coups par pièce, 4,000 voitures de parc; et pour ressources à organiser et dont les éléments existaient, 354,000 hommes dans les divisions territoriales, dans les dépôts et en Algérie, les 132,000 recrues de la classe 1871, 12,000 chevaux que la remonte promettait de livrer en six semaines , 443 canons non attelés, mais montés, avec 398,000 projectiles, et 1,200 voitures dans les arsenaux; 98 batteries de 4, 7, 8 et 12 fournies par les départements ; nos usines fabriquant 25,000 chassepots par mois; nos ateliers donnant 2 millions de cartouches par jour, sans compter les armes et les munitions commandées à l'étranger et dont les livraisons se continuaient avec célérité * ; et enfin un pays de 25 millions d'habitants dans lequel l'ennemi n'avait pas encore mis le pied.

Tout faisait donc une nécessité de se préparer à la lutte, qu'on fût partisan de la guerre à outrance ou de la paix à

^ Voir le rapport de l'amiral Jauréguiberry présenté à l'Assemblée nationale le 26 février 1871, au nom de la commission chargée de l'éclairer sur les forces militaires de la France.

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