Coup d'oeil sur les premiers mouvements vers la Loire
(Moniteur officiel de Berlin).
Afin de mettre l'armée d'investissement de Paris à l'abri des attaques par le sud de l'armée de la Loire nouvellement créée, on envoya contre elle, dans les premiers jours d'octobre, un corps d'armée considérable composé du 1" corps d'armée bavarois sous le commandement du général de Tann, de la 22® division prussienne, général V. Wittich, et d'une division de cavalerie sous les ordres du prince Albert de Prusse (père). Ces forces rencontrèrent l'ennemi le 9 octobre, près d'Artenay, sur la route d'Orléans à Paris, le repoussèrent, enlevèrent d'assaut, le 10 octobre, en continuant le combat de la veille, le faubourg nord d'Orléans, et rejetèrent les Français au delà de la Loire, en leur faisant subir des pertes considérables. Le commandant en chef finançais, général Motterouge, ne s'est arrêté qu'à la Ferté.
Le général de Tann resta avec son corps d'armée à Orléans, pendant que la 22* division s'avança dans une direction nord-ouest vers Châteaudun , s'empara de cette ville par assaut et se dirigea ensuite au nord vers Chartres où elle prit position, après avoir détaché une partie de ses forces encore plus au nord, jusque vers Dreux. La cavalerie envoya plusieurs détachements snr la rive droite de la Loire jusque vers Beaugency, et le reste eut la mission de conserver les communications entre les diverses fractions du corps d'armée.
Sur ces entrefaites, le général Aurelle de Paladines avait pris le commandement en chef de l'armée de la Loire. Il lui réussit de porter, au moyen de renforts, son armée à 60,000 hommes environ, dont, il est vrai, une faible partie seulement était composée de troupes de ligne , la plus grande partie de gardes mobiles. La cavalerie (sept régiments) et surtout l'artillerie y étaient suffisamment représentées. Avec ces forces , il passa sur la rive droite de la Loire et occupa très-fortement la position Mer-Marchenoir-Morée.
Le général de Tann, qui, dès le commencement, avait eu connaissance de ces mouvements de l'ennemi, soit au moyen des reconnaissances, soit au moyen de renseignements recueillis d'une autre manière, sortit le 8 au soir d'Orléans pour aller au-devant de l'ennemi, dans la direction ouest, et fit sa concentration entre Ruisseau et Goulmiers.
Les détachements de cavalerie placés en avant de cette position rencontrèrent le 9 novembre, vers sept heures du matin, au delà de Goulmiers, l'ennemi qui venait du côté de Vendôme. C'étaient les têtes de colonne de l'armée de la Loire, sous les ordres du général Polhès.
L'ennemi attaqua la position du corps bavarois dans la matinée avec six bataillons d'infanterie à six compagnies — exclusivement de troupes de ligne — suivis de colonnes fortes et nombreuses ; sept régiments de cavalerie française couvraient les ailes de l'attaque , et cent vingt pièces d'artillerie furent successivement mises en action contre la position bavaroise. Cependant, malgré la grande supériorité numérique de l'ennemi , l'excellente attitude des bataillons bavarois mit un terme aux progrès des troupes françaises. Quatre attaques, que l'ennemi exécuta contre l'aile droite , furent successivement repoussées avec une grande fermeté et en faisant essuyer à l'infanterie française des pertes considérables, au point qu'il réussit au général de Tann de maintenir complètement sa position jusqu'au soir. Ce n'est qu'à la tombée de la nuit, et après que les colonnes d'attaque ennemies s'étaient retirées, que le général de Tann résolut de s'approcher des renforts qui lui furent amenés de Chartres et de Versailles. La retraite fut exécutée sur Saint-Péravy, dans une atti-
tilde parfaite et avec la fière satisfaction d'avoir rompu complètement les attaques de l'ennemi malgré une infériorité numérique considérable. L'ennemi ne poursuivit pas le 1" corps bavarois, mais occupa le soir même Orléans, où malheureusement environ un millier de malades non transportables ont dû être abandonnés. Le 10, la retraite continua jusqu'à Toury, oii le l^"" corps d'armée bavarois fit sa jonction avec les troupes de renfort prussiennes. S. A. R. le grandduc de Mecklembpurg-Schwerin a pris le commandement en chef de ces forces réunies. Les pertes du l^"" corps bavarois, le 9, s'élèvent à 42 officiers et 650 hommes tués et blessés. Une colonne de munitions, qui s'était égarée, est tombée le 10 entre les mains de l'ennemi, avec un employé et 80 hommes.
Un rapport français porte les pertes de l'ennemi, en blessés et tués, à 2,000 hommes. Ce rapport parle de 1,000 prisonniers ; ce ne peut être que les malades laissés dans les hôpitaux d'Orléans.
207. Marche en avant du prince Frédéric-Charles de Metz vers La Loire. Guerre fanatique des Français. (Moniteur ofiiciel de Berlin.)
La deuxième armée se dirigeait par marches forcées de ses positions autour de Metz vers la Loire; les succès que les Français se figuraient avoir remportés par la retraite du corps de Tann , les mouvements menaçants qu'ils avaient l'air d'exécuter pour débloquer Paris du côté sud de l'investissement, changèrent ces marches forcées en pas de course à partir de Troyes. Les différents corps ont fait l'impossible sous ce rapport. Il y a lieu d'apprécier d'autant plus ces efforts, que les troupes ont rencontré, dans ces marches, de continuels obstacles que leur ménageaient les populations. Celles-ci avaient commencé contre nous la guerre de guérillas, que prêchaient les curés, surtout aux environs d'Orléans. L'évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, adressa, à l'occasion de la fête de saint Aignan , une lettre pastorale à son diocèse, par laquelle il le poussa à faire la guerre sainte contre l'envahisseur.
Le 18 novembre , le feld-maréchal prince Frédéric-Charles porta son quartier général de Sens à Chery, le 19 à Nemours, le 20 à Puiseaux, le 21 à Pithiviers. Là le prince s'établit pour quelques jours, pour attendre la concentration des troupes qui marchaient sur un front de douze lieues d'étendue.
Pendant ce temps eurent lieu plusieurs reconnaissances d'importance diverse , qui , pour la plupart , furent exécutées au milieu des plus grandes difficultés. A toutes les distances et de toutes les maisons dans la campagne nos cavaliers furent assaillis de coups de feu ; à I^ur approche, le laboureur isolé jette sa bêche, empoigne son
fusil place à terre à coté de lui, et fait feu; chaque maison devient une petite forteresse , chaque homme en blouse, un franc-tireur. Chaque jour on en amène au quartier général et on les fusille , selon les lois de la guerre ; souvent aussi on amène avec eux des prêtres , fauteurs ou même acteurs de ces coups de main. Tout homme pris armé d'un fusil est condamné à mort, suivant la notification du général en chef, affichée à tous les coins de rue des villes et des villages traversés par nos troupes. Ce n'est que par une sévérité draconienne qu'il est possible de mettre fin à cette manière traîtreuse et infâme de faire la guerre et de donner satisfaction à nos troupes.