URGENT
Correspondance spéciale à Versailles écrit, l**" janvier, que déserteurs disent, peuple de Paris malheureux, mais toujours fier; il paraît que Trochu n'a pas essayé dans adresse aux troupes de cacher sa douleur de la perte du mont Avron. Français ont donc été encore une fois surpris, car mont Avron menaçant par sa position communications de l'armée assiégeante du sud avec Lagny , ils devaient être certains d'être attaqués, et cependant ils ont paru n'être nullement préparés. On croit aussi ici qu'approvisionnements, munitions, commencent à diminuer. Moniteur de Versailles publie sur organisation militaire de l'Angleterre un article qui paraît avoir ému le correspondant; il le cite en entier, et ajoute que cet article exprime opinion de tous à Versailles , en disant que le système militaire de l'Angleterre , en vue des complications futures, ne lui permet de prendre qu'une. attitude, celle de l'efl^acement. Quant aux volontaires anglais, c'est une réunion d'amateurs militaires auxquels il serait impossible d'imposer les devoirs et la stricte discipline de citoyens soldats de la Prucjse. Le correspondant anglais de Berlin, écrit le 2 janvier, que le général Chanzy se reconstitue activement pour reprendre l'offensive. Tous ses mouvements étant rapportés au quartier général , il est douteux qu'il surprenne AHemands, et même il lui sera fait face plus vigoureusement qu'avant. Allemands au lieu de se répandi-e sur large swrface de pays pour empêcher toute colonne d'approcher Paris, se massent actuellement dans des positions importantes et laisseront passer Français, si ces derniers en ont envie. Ce changement de tactique s'explique par le peu de crainte qu'ils inspirent, aussi par inutilité de soumettre Allemands à des marches et contre-marches pour faire face à toute colonne; — enfin parce qu'on peut sans inconvénient laisser un corps entier pénétrer dans le cercle extérieur formant la deuxième ligne allemande autour de Paris, car la défaite sera bien plus dangereuse pour les Français entre Versailles et Orléans, que
près ou au delà de la Loire. Malgré avances faites par Prusse à Autriche, cette dernière a toujours du dépit qu'elle manifeste ainsi: Prusse importe dans ce moment beaucoup de grains de Hongrie, Or chemin de fer hongrois, qui appartient à l'Etat, ne veut pas que son matériel roulant dépasse gare terminée à Vienne; de là déchargement et rechargement, et de plus transport par chariot d'une gare à l'autre, quand ces deux gares sont reliées par une voie dont on s'est servi autrefois pour transports de grains de Pesth à Paris; il faudra beaucoup de notes pour effacer impression de ce mauvais procédé. Times du 5 annonce que M. Washburne ayant informe M. Jules Favre qu'un sauf-conduit était mis à sa disposition afin do pouvoir se rendre à Londres pour conférence sur neutralité de la mer Noire, ce dernier a répondu qu'il ne savait rien de la conférence et qu'il ne quitterait pas Paris.
Directeur Nantes à inspecteur Tamisier , au Mans.
Prière de communiquer au général Ghanzy la dépêche suivante, île Boulogne, le 23 décembre.
Service urgent. De Brest, le 23, à onze heures vingt minutes.
Inspecteur Boulogne à directeur général des télégraphes.
Résumé du Times des 12, 13, 14, 15, 16 et 17. Dépêches télégraphiques.
Capitulation de Phaisbourg et de Montmédy. — Beîfort se défend toujours énergiquement; nombreuses sorties. Un canon monstre placé sur Mont-Valérien envoie bombes à deux cents yards des portes de Versailles. Plusieurs tentatives d'assassinat ont eu lieu près de Versailles. Allemands ignorent tout à fait ce qui se passe dans Paris; cependant on sait que toute communication est suspendue entre la ville et les troupes à l'extérieur. Il est impossible comme autrefois de se procurer des journaux aux avant-postes la nuit. Paris , faute de gaz, est dans les ténèbres.
Correspondant du Times., accompagnant l'armée allemande, dit que Français se sont très-bien battus et avec une ténacité inattendue ; que l'armée de la Loire ne lui semble pas être de celles qui capitulent. Il loue beaucoup la retraite feite en disputant jusqu'à Orléans le terrain pied à pied, et en fait gloire plutôt au général et aux officiers qu'aux soldats. Il dit, avant d'avoir assisté aux quatre jours de combat autour de Beaugency, que l'armée de la Loire ne lui paraissait pas en état de prendre l'offensive; mais il écrit de Meung-sur-Loirc, qu'une armée composée de recrues, qui peut lutter huit jours sur dix contre des vétérans sans être battue, doit espérer justement que la fortune
commence à tourner en sa faveur; d'aufre part, Allemands sont embarrassés de cette ténacité inattendue qui les tient en échec pondant quatre jours, et les oblige à demander des renforts. Le 8 au soir l'avantage était resté aux Français et les fronts étaient sombres au camp allemand. Le défaut de la tactique chez les Français est que bien que très-supérieurs en nombre, ils ne semblent jamais prendre J'offensive, mais se contenter de tenir ce qu'ils ont , sauf à céder le lendemain ce qu'ils ont opiniâtrement défendu la veille. L'artillerie de marine, à Orléans, a parfaitement tiré; il n'en a pas été de même pour l'artillerie de campagne dans divers engagements. En général, cette artillerie se comporte assez bien à courte portée , mais le défaut est qu'on veut faire tirer les canons à de trop longues distances ; les bombes, dont les fusées deviennent alors trop courtes, éclatent en l'air, et les boulets n'arrivent pas au but. Fusils des Français sont beaucoup plus meurtriers; leurs balles pénètrent partout et à des distances incroyables. Parmi les blessés, beaucoup plus atteints par les balles que par les bombes. Le tir de l'artillerie a été inefficace. La situation de l'armée allemande , le 9 décembre , était comme suit : prince Frédéric-Charles est resté à Orléans avec 10^ corps, qui depuis a été envoyé à Beaugency comme renfort à l'armée du grand-duc de Mecklembourg. Ce dernier avec Bavarois et Hessois marche sur Tours. Le 3* et le 9* corps sont dans le sud, isolés de la rive droite de la Loire, car tous les ponts sont coupés. On signale cependant établissement récent d'un pont de bateaux en amont de Beaugency, en face delà route qui mène à Messas. Von Werder a dû quitter Dijon pour faire jonction avec le 9^ corps. — Aucun renseignement précis sur pertes dans l'Orléanais, excepté pour Bavarois , si décimés qu'ils sont revenus à Orléans pour se refaire. Entrés au nombre de 30,000, il en reste aujourd'hui 5,000. La campagne est rude pour les Allemands qui souffrent beaucoup du froid. Les morts sont immédiatement dépouillés de leurs chaussures. La faim s'est fait aussi quelquefois sentir. L'altitude des prisonniers français paraît avoir été peu digne à Orléans. On a fait des recherches pour découvrir un télégraphe supposé établi entre Tours et Paris par Orléans. Le correspondant du Times à Versailles rapporte impressions causées au quartier général par événements autour d'Orléans jusqu'au 6 décembre. Perplexité générale. Le son du canon, dans une direction inattendue, faisait qu'on se regar« dait avec inquiétude. Bagages étaient prêts pour départ; on craignait qu'à tout moment l'armée du prince royal ne fut obligée de quitter positions. Aujourd'hui 6 décembre, on est pleinement rassuré; cependant chacun songe à ce qu'eût été la situation si Bazaine avait tenu huit ou dix jours de plus, et si Metz ne s'était pas rendu d'une manière si opportune, il ajoute encore que les nouvelles venues de
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r,eaugency le 10 au soir, avaient allonge toutes les mines. Le grandduc de Mtckîembourg craignait l'arrivée de 40,000 Bretons sur son flanc. Les pertes des Allemands dans l'Orléanais paraissent sévères. Leurs succès leur ont coûté plus cher proportionnellement que la victoire de Sedan. Les Allemands n'avancent pas avec cet élan irrésistible qui les a portés sur Paris, mais on veut en finir, et le prince Frédéric-Charles a pour mission de détruire tout noyau de troupes important et en même temps d'occuper rigoureusement les pays envahis en empêchant tout enrôlement qui pourrait grossir la résistance. Pertes dans les combats autour de Paris le 30 novembre et le 2 décembre sont évaluées à 8,000 hommes de chaque côte. Mont Avron a été très-fortifié par les Français; on reparle du bombardement. On est mécontent à Berlin du retard, mais à Versailles on paraît beaucoup moins pressé. De grandes précautions de surveillance sont prises depuis quelques jours à Versailles autour des résidences du roi et du prince royal.
Approche de Noël; Allemands regrettent beaucoup de ne pas pouvoir célébrer cette fête en famille. Des recrues n'appartenant pas à la landw'chr arrivent journellement d'Allemagne; on évalue ces renforts à 150,000 hommes. D'autre part, le correspondant du Times à Berlin écrit, le 12, que 150,000 landvvchr nouvellement incorporés sont en route et destinés à renforcer von Werder à Dijon, et ainîiée allemande de la Loire. Cette levée, qui frappe, après tant d'autres, des hommes de trente-cinq à quarante ans, a produit une certaine émotion; cependant on ne murmure pas. La déclaration de la Prusse relativement au Luxembourg a un peu ému l'opinion en Angleterre. Le Times a publié plusieurs leading articles pour réfuter la prétention de la Prusse d'agir sans consulter les parties contractantes des traités 1867; mais ces articles sont beaucoup moins violents que ceux provoqués par la déclaration russe au sujet du traité de Paris. Le leading du 16 dit: qu'on ne peut trop exagérer la répugnance du sentiment public en Angleterre à trouver un casus belli dans la démonstration du traité concernant le Luxembourg
La région du nord est en meilleur état que pendant les jours qui ont suivi l'entrée des Allemands à Amiens et à Rouen. On disait à Versailles que Manteuffel allait organiser promptement la Normandie el la Picardie. Ses troupes, en effet, s'étaient avancées dans la Somme jusqu'à Péronne, Doullens et Abbeville, et dans la Seine-Inférieure jusqu'à Dieppe, qui a été occupé, et tout près du Havre. Or, aujourd'hui 17 , à l'exception de Rouen, qui est, dit-on, encore occupé, Seine- Inférieure est évacuée , la Somme est également libre , il ne reste que 15,000 Prussiens dans la citadelle d'Amiens. La ville a été évacuée;
Sairit-Qnentin a été réoccupé par nous. Les ennemis paraissent se replier en masse sur Paris, devant l'armée du Nord qui descend d'Arras et dont le quartier général était le 17 à Corbie, à quatre heures au nord d'Amiens. D'après des dépêches de Versailles du 11 décembre, le 9"= corps était le 9 décembre aux environs de Blôis et le 3«'du côté de Gien.
Le 22 décembre, le général Jaurès, commandant le 21* corps, se présenta au grand quartier général avec le duc de Joinville, qui se trouvait en France sous le nom de colonel Lutherod et qui avait assisté à toute la première partie de la campagne dans l'Orléanais. Le prince demandait à voir le général en chef; il fut reçu immédiatement et exposa avec beaucoup de cœur et d'émotion son désir de suivre les opérations de la deuxième armée et de se battre pour son pays. Il promettait de conserver le plus strict incognito , se contentant de servir comme volontaire, et repoussant toute autre idée que celle de se dévouer pour la France. De tels sentiments devaient trouver partout bon accueil ; l'autorisation qu'il demandait lui fut accordée.
Toutefois, comme le général en chef voulait éviter au prince les désagréments d'une position mal définie, dans l'opinion publique toute équivoque, au Gouvernement tout sujet de préoccupation, et pour lui-même une fausse interprétation de sa conduite, il fut convenu qu'une démarche officielle serait faite à Bordeaux pour demander la sanction de la délégation.
Le commandant Marois, qui partait le 23 décembre en mission auprès du mini::^tre de la guerre, alors à Lyon, emporta la dépêche ciaprès adressée à M. Gambetta:
« Monsieur le ministre ,
» Le prince de Joinville est venu trouver hier le général Jaurès , le » priant de solliciter pour lui l'autorisation de suivre l'armée. Le gé- » néral me l'a présenté ce matin.
» Le prince est en France sous le nom de colonel Lutherod; il a !• assisté aux affaires du 15« corps en avant d'Orléans, a pris part au » combat dans une des batteries de la marine, et n'a quitté la ville » qu'avec les derniers de nos soldats.
I» Il demande à suivre mes opérations , promettant de conserver la » plus grande réserve et de ne se révéler à personne.
» Ne \oyant en lai qu'un soldat, qu'un homme de cœur aimant la » France et mettant franchement de côté toute idée autre que celle de » se dévouer pour elle, j'ai cru ne pouvoir lui refuser ce que le Gou- » vernement de la République accorde à tous les Français.
n Mon devoir est de vous en rendre compte et de prendre vo»
» ordres.
» Resté jusqu'ici étranger à la politique, fermement décidé à conti- » nuer, tout entier à la tâche que le Gouvernement m'a confiée, je » tiens à ce que personne ne puisse se méprendre sur les sentiments » qui m'ont guidé dans cette circonstance.
» J'attends donc les instructions que vous me donnerez à ce sujet, n et vous pouvez être assuré que je m'y conformerai strictement.
1 Veuillez, etc. » Signé : Chanzy. »
La réponse fut la suivante :
Lyon, le 27 décembre 1870.
«« Mon cher général ,
» Votre lettre touchant la présence du prince de Joinville à votre » armée est d'un honnête homme, d'un loyal serviteur du Gouverne- » ment de la France, et je vous en remercie.
» Vous me demandez, pour les suivre strictement, mes instruc- » tions sur ce grave sujet; les voici :
») Le prince, même sous un nom d'emprunt, ne peut rester en »i France sous aucun prétexte. Il a commis une faute très-grave en » pénétrant sur le territoire subrepticement, et en se rendant aux ar- »> mées, où il pourrait devenir pour la paix publique, si sa présence » était révélée, un élément de désordre et dans le pays un brandon de » guerre civile. La question posée par la présence du prince n'est » d'ailleurs pas nouvelle pour nous : elle s'est posée dès le lendemain » de la révolution du 4 septembre, et le Gouvernement de Paris fut » unanime pour faire ramener à la frontière les imprudents qui » l'avaient franchie. Dans une occasion plus récente, les intentions du ') Gouvernement leur ont été signifiées de nouveau. La conduite du B prince de Joinville est donc tout à fait coupable. — Gomme répu- » blicain, comme membre du Gouvernement, je dois faire respecter I) les lois ; dès demain "M. le colonel Lutherod sera conduit en lieu » sûr.
» Telles sont les instructions que je vous prie de faire exécuter.
» Agréez, etc. » Signé : L. Gambetta.»
Dès la réception de cette lettre , le 29 , le général en chef fit prévenir le duc de Joinville par le commandant de Boisdeffre, son aide de camp, que l'autorisation sollicitée pour lui était refusée par le Gouvernement; l'invitant en même temps à faire connaître l'heure de son départ du Mans et le lieu oii il comptait se rendre pour s'embarquer. Le prince répondit qu'il partirait le soir même pour Saint-Malo, et écrivit la lettre ci-jointe au commandant de la deuxième armée , qui ne l'avait pas revu depuis l'entrevue du 23.
« Le Mans, 29 décembre 1870.
« Général ,
» Je ne veux pas m'éloigner sans vous remercier de ce que vous I» avez fait pour moi.
» Votre loyauté de soldat avait compris qu'on peut vouloir servir >' son pays uniquement parce qu'on l'aime. Vous aviez compris la » douleur de quelqu'un qui a porté l'épée, de rester seul oisif dans la » crise terrible que nous traversons. — Tous mes vœux les plus ar- ■ dents accompagnent vous et votre armée.
n Croyez à mes sentiments reconnaissants.
» Signé : Fr. d'Orléans. »
Quelques jours après, le général en chef fut prévenu que l'on disait dans le Mans que le prince avait été arrêté et mis en prison. Voulant savoir d'où pouvait provenir ce bruit auquel il n'ajoutait aucune importance , il fit demander au préfet s'il savait ce qu'était devenu un colonel américain du nom de Lutherod, qui avait séjourné quelques jours dans la ville. Le préfet, M. Lechevalier, répondit qu'il n'avait aucune connaissance de ce personnage.
Ce ne fut que plus tard, à Laval, que la lettre suivante du prince, publiée dans le Times, fit connaître ce qui s'était passé. Nous croyons utile de la reproduire pour achever le récit de cet épisode , qu'il était nécessaire de faire connaître dans tous ses détails pour couper court aux interprétations fausses et passionnées auxquelles il a donné lieu.