PRINCE DE JOINVILLE AND M. GAMBETTA
A Monsieur l'éditeur du Times.
Monsieur, — la publicité du Times est trop grande pour qu'il me soit possible de laisser accréditer, sans rectification, le récit que vous donnez aujourd'hui de mon arrestation au Mans , et des circonstances qui l'ont amenée.
Voici les faits.
J'étais en France depuis le mois d'octobre. J'étais allé pour offrir de nouveau mes services au Gouvernement républicain, et lui indiquer ce que, avec son aveu, je croyais pouvoir faire utilement pour la défense de mon pays.
Il me fut répondu que je ne pouvais que créer des embarras.
Je n'ai plus songé dès lors qu'à faire anonymement mon devoh' de Français et de soldat.
Il est vrai que je suis allé demander au général d'Aurelle de me donner, ious un nom d'emprunt, une place dans les rangs de l'armée de la LoTC. Il est vrai aussi qu'il n'a pas cru pouvoir me l'accorder.
et que ce n'est qu'en spectateur que j'ai assiste au désastre d'Orléans.
Mais lorsque plus tard j'ai fait la même demande au général Chanzy, elle a été accueillie. Seulement, en m'acceptant au nombre de ses soldats, le loyal général a cru devoir informer M. Gambetta de ma présence à l'armée , et lui demander de confirmer sa décision.
C'est en réponse à cette demande que j'ai été arrêté le 13 ' janvier par un commissaire de police , conduit à la préfecture du Mans , où on m'a retenu cinq jours , et enfin embarqué à Saint-Malo pour l'Angleterre.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que , quels que soient les sentiments que j'ai éprouvés en étant arraché d'une armée française la veille d'une bataille , je n'ai tenu aucun des propos que l'on me prête sur M. Gambetta , que je n'ai jamais vu.
Agréez, Monsieur l'éditeur, l'assurance de ma haute considération.
Fr. d'Orléans, prince de Joinvilîe.
Twickenham, le 24 janvier.
Gambetta au général Chanzy, au Mans.
26 décembre 1870.
Des renseignements recueillis, il me paraît certain que le prince Frédéric est en personne à Orléans avec à peu près 25,000 hommes , plus 6 à 7,000 Bavarois du comte de Tann. Ils paraissent très-fatigués et assez hésitants sur les opérations que nous entreprenons ; il y a, paraît-il, un corps de 20 à 25,000 hommes qui aurait filé d'Orléans sur Chartres dans la direction d'Alençon; ceci sous toutes réserves. Blois et la Sologne paraissent à peu près vides. Le 15® corps occupe Vierzon et Bourges. Notre première armée de la Loire exécute en ce moment un mouvement sur la nature duquel je vous avais envoyé des instructions par un officier, M. Dhendecourt; je suis bien étonné que vous ne les ayez point reçues. Je vous expédierai un autre messager ce soir, mais les chemins sont si mauvais qu'il y a d'énormes retards. Les Prussiens font un mouvement de va-et-vient entre Orléans et Montargis; on dit qu'à partir de ce point ils remontent vers Paris.
Le général de Zastrow et le prince de Reuss, avec à peu près 25 à 30,000 hommes, sont entre Joigny et Auxerre qu'ils occupent. Néanmoins une partie de ces forces, 7 à 8,000 hommes, semble s'être dirigée sur Montargis. Le corps de Werder, qui tient Dijon et Gray ,
1 II y a évidemment une erreur dans cette date du 13 janvier : ce jour-là, l'armce n'était plus au Mans, qu'elle avait quitté le 12, et le préfet était parti avec l'année. C'est bien le 29 décembre au soir que le prince a été arrête.
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s'élève à 30,000 hommes. C'est ce corps que le général Gremer et Garibaldi tiennent vigoureusement en échec entre Semur, Autun et Nuits. Belfort est investi par une force de 30,000 hommes, mais nous communiquons et nous savons que jusqu ici les assiégés ont causé de nombreuses pertes aux Prussiens, et les ont empêchés d'établir leurs ouvrages.
La ligne de Dôle à Montbéliard par Besançon est fort bien gardée par les forces de Besançon. Au demeurant, la situation est bonne, et si les opérations que je vous fais connaître par ce rapport réussissent, elle peut devenir magnifique. Dans le nord, le général Faidherbe pousse son organisation; il a eu il y a trois jours, à Pont-de-Noyelles, un combat victorieux qui a duré six heures. Le Havre est dégagé complètement, et nous espérons reprendre promptement Rouen.
J'attends avec impatience que vous soyez refait ; je donne tous les jours des ordres à Bordeaux pour qu'on vous donne pleine satisfaction, parce que je sais bien qu'aussitôt en état, vous saurez bien marcher au point sensible.
Signé : Léon Gambetxa.