‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 336 sur 345 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

INSTRUCTIONS

Au grand quartier général de Laval, 17 janvier 1871.

A huit heures et demie du soir , le général en chef n'a encore aucun renseignement certain sur la façon dont s'est opéré aujourd'hui le mouvenent de retraite du 21" corps. — Le 17« corps, parti de Montsurs ce matin, a passé la Mayenne sur les ponts de Monlgiroux et de Saint-Jean sans être attaqué par l'ennemi , et s'installe sur la rive droite, sur les positions qui lui ont été assignées.

Le 16* corps passant la Mayenne sur les ponts de Laval, a établi sur la rive droite les l""® et 2® divisions , laissant sur la rive gauche la S*' division, en position sur les routes de Mayenne, du Mans, de

Sable et de Château-Gontliier. Les reconnaissances ennemies snr ces quatre routes ont pu faire croire un instant à une attaque sérieuse, elle ne s'est pas produite. Les eclaireurs ennemis ont été repoussés partout par ceux de notre cavalerie, qui leur ont tué un officier au village de Forcé et fait six prisonniers.

Tout porte à croire que l'ennemi , qui a fait des pertes sensibles à Sillé et dans les combats livrés par le 16* corps, n'a point l'intention d'attaquer sérieusement; qu'il se peut même que les têtes de colonne qu'il montre sur toutes les routes aboutissant à nos positions , ne soient qu'un rideau derrière lequel s'opère un mouvement de retraite de ses forces principales. Quoi qu'il en soit, ce qui s'est passé depuis le Mans , prouve une fois de plus que toutes les fois que nous avons voulu résister, nous avons maintenu les eflorts de l'ennemi. Il s'agit aujourd'hui de tenir dans les positions que nous occupons; on prendra à cet effet les dispositions ci-après:

De Mayenne à Laval , les ponts dont la destruction est préparée devront être couverts sur la rive gauche par des forces en infanterie capables de les défendre, et abritées derrière des ouvrages qui deviont être exécutés dès demain matin, en avant de chacun de ces ponts. — Il devra donc y avoir à chaque pont une garde chargée de la défense. — Le 17® corps doit veiller sur ceux de Mongiroux et de Saint-Jean-sur-Mayenne. — Ces ponts ne devront sauter que si l'ennemi, forçant les défenses, cherchait à s'y engager, c'est-à-dire à la dernière extrémité. Ils sont nécessaires pour les mouvements que l'armée pourrait entreprendre ultérieurement, aussi bien que pour permettre les reconnaissances à faire sur la rive gauche par les cavaleries des 17" et 21® corps.

De Laval à Château-Gonthier, l'accès des ponts ne pouvant être défendu d'une façon toujours efficace, ces ponts seront détruits dès cette nuit par le génie. — De Mayenne à Château-Gonthier, la cavalerie devra surveiller d'une façon incessante tous les gués de la rivière. On placera de plus, entre Mayenne et Laval , des tirailleurs d'infanterie pour défendre tous les passages, et, entre Laval et Château-Gonthier, l'amiral disposera, en face de chaque gué et de chaque digue, les corps fi^ancs mis à sa disposition.

liC 21« corps devra couvrir Mayenne sur la rive gauche, en faisant occuper de bonnes positions par des forces suffisantes pour empêcher les approches de la ville à l'ennemi. A Laval, le commandant du 16® corps organisera solidement la défense sur la ligne du chemin de fer et sur les routes de Mayenne , Argentré , le Mans , Sablé et Château-Gonthier, en installant une division (division de Curten) sur les positions reconnues aujourd'hui par le généra] en chef, et en lai-

saiît occuper la gare et les faubourgs de la rive gauche par des réserves suffisantes.

Les trois corps d'armëe organiseront, au moyen de leur cavalerie, un service incessant de reconnaissances sur toutes les routes aboutissant à nos positions. Ces éclaireurs de cavalerie devront être pousses le plus loin possible sur chacune de ces routes; il faut à tout prix percer, en le culbutant, le rideau des uhlans qui nous observent, et arriver à savoir quelle est réellement la force de l'ennemi dans chacune des directions par lesquelles il nous menace.

Les ponts en aval de Laval étant coupés, la cavalerie du 16® corps, en outre de ses reconnaissances sur les routes du Mans , de Sablé et de Château-Gonthier, sur la rive gauche , devra surveiller tout le cours de la rivière sur la rive droite de Laval au delà de Château-Gonthier.

Les éclaireurs algériens devront surveiller toute la rive gauche , depuis les Deux-Evailles jusqu'à Montsurs, la Chapelle-Rainsouin.

Afin de permettre à l'armée de se reposer de ses fatigues et de se refaire , toutes les troupes seront cantonnées dans les fermes et villages à proximité des positions qu'elles auront à défendre.

Ces cantonnements seiont couverts par de forts avant-postes qui devront veiller constamment. On fera disposer sur toutes les positions et aux avant-postes des travaux de défense sérieux, des épaulements pour les batteries ; on fera reconnaître tous les chemins d'accès, et on les rendra impraticables à l'ennemi.

Les généraux commandant les corps d'armée organiseront des rondes de jour et de nuit qui s'assureront que le service des avantpostes est fait exactement. De plus , en avant de chaque corps d'armée , un commandant de brigade sera chargé spécialement chaque jour du commandement des avant-postes.

Il s'agit de tenir sur nos positions. Le pays se prête à la défense; elle est facile si les dispositions sont bien prises , et si chacun veut faire son devoir.

Le général en chef rappelle à la stricte exécution des ordres si souvent donnés au sujet des vivres et des munitions. Il faut que dès demain les troupes aient deux jours de vivres de réserve dans le sac et deux jours de vivres de. consommation; il faut enfin que partout les munitions soient exactement complétées.

Il ne doit y avoir sur la rive gauche aucun convoi , aucune voiture inutile, et seulement l'artillerie nécessaire à la défense des positions. Tout le reste du matériel roulant doit être sur la rive droite , en arrière de chaque division, et sur les routes qui peuvent servir dans le cas d'une retraite.

La gare de Laval devra fonctionner jusqu'à ce que le général en

chef donne l'ordre de l'eVacuer. Les ponts de la ville et le viaduc du chemin de fer, préparés pour la destruction, ne devront être détruits que sur un ordre du général en chef.

Le service télégraphique reliera le quartier général du 17® corps à Saint-Germain-le-Fouilloux, à la station de Laval.

Les commandants des corps d'armée devront mettre à la disposition du génie les travailleurs, les escortes et les moyens de transport nécessaires pour les travaux à exécuter.

Le général en chef a remarqué, en visitant aujourd'hui les positions en avant de Laval , des cadavres de chevaux laissés sur les routes ; la gendarmerie devra partout faire disparaître ces chevaux morts.

Il sera fait demain à toutes les troupes une distribution extraordinaire de vin ou d'eau-de-vie.

Les fuyards devront être recherchés dans toutes les directions par les soins (les commandants des corps d'armée, qui emploieront à cet effet les gendarmes de leur prévôté. Il s'agit de reconstituer le plus rapidement possible les régiments, les brigades et les divisions, et de munir les hommes des effets qui leur manquent. C'est là l'affaire des commandants des corps d'armée, des généraux de division et de l'intendance.

Le général en chef s'est assuré que ses ordres du jour n'étaient point lus exactement aux troupes, et que ses instructions n'étaient pas communiquées in extenso aux commandants des divisions et des brigades. Il exige qu'à l'avenir ces instructions soient notifiées exactement. Les commandants des corps d'armée et des divisions y ajouteront en outre les développements nécessaires et les ordres d'exécution.

Chaque commandant de corps d'armée enverra demain au grand quartier général un rapport indiquant : les positions et cantonnements occupés par les troupes , les mesures prises pour la défense , les prescriptions pour le service des reconnaissances et la situation de chacun des corps au point de vue des approvisionnements en vivres et en munitions.

Le général Bourdillon établira la gendarmerie dans la ville , y maintiendra une police exacte, en défendra l'accès aux troupes cantonnées au dehoi"s, et s'assurera que les officiers de ces tioupes ne logent point en ville; chacun doit être sur les positions assignées. Les rues de la ville devront être en outre constamment libres ; on n'y tolérera ni convoi ni embarras d'aucune sorte.

Signé : Cuanzy.

N" 1415. Général Chanzy à ministre de la guerre , à Bordeaux»

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