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CONFIDENTIELLE

Laval , 23 janvier.

Si j'ai insisté pour organiser la résistance de Bretagne avec des chefs connus et écoutés, c'est qu'il me tarde de pouvoir agir, et je ne le puis sans découvrir un pays que rien ne protégerait plus. Pour laisser Charette avec un simple rôle de partisan, tout en le mettant dans des conditions de résistance sérieuse, il lui faudrait au moins une dizaine de mille hommes qu'on pourrait lui constituer en adjoignant à ses volontaires un certain nombre de bataillons de l'armée de Bretagne, choisis parmi les plus prêts, les mieux armés et les mieux orga*nisés. On lui donnerait pour mission de couvrir Rennes , et de défendre le pays en arrière de la Mayenne et au nord de Laval. On pourrait donner à un autre chef, que vous choisiriez, une même force et la défense de la contrée en arrière de la ligne de l'Orne. Les forces de Bretagne, mal armées, mal commandées^ mal organisées, ne peu- Vent, malgré la bonté incontestable de leurs éléments, être employées plus utilement. Le temps presse. G athelineau organise avec beaucoup de vigueur, d'activité et d'intelligence la défense du cours inférieur de la Mayenne. Je l'ai autorisé à requérir les habitants pour les travaux à exécuter. Je reçois de Rennes copie du procès-verbal qui vous a été adressé de la séance du 20 janvier du comité militaire de la défense

d'Ille-et-Vilaine. Cette question de l'évacuation de l'arsenal , qui demande dix-huit jours, ne me préoccuperait plus si la Bretagne éttiit. organisée sérieusement; je ne connais point, du reste, vos instructions au sujet de l'évacuation dont il s'agit. Signé : Chanzy.

N" 7607. Général Charette à général Chanzy, commandant en chef la deuxième armée de la Loire.

Laval, de Renaes, le 25, à neuf heures cinq minutes.

Général Charette prévient général Chanzy que d'après tous les rapports des chefs de légions mobilisées placées sous ses ordres, il est impossible de compter pour le présent sur une résistance efficace de ces troupes non organisées et mal armées ; il croit devoir le prévenir qu'en pareille occurrence il ne se sent pas en état de défendre avec ces forces une position quelconque, mais il espère que huit jours de réunion à Rennes, avec les ressources que lui offi^ent l'intendance et l'arsenal, lui suffiront pour leur donner une force de cohésion capable de mener à bonne fin cette entreprise par trop difficile pour le moment, et pouvoir ainsi faire honneur à la deuxième armée de la Loire ; il insiste cependant pour réunir tout son corps , sur lequel il peut compter entièrement, soit pour l'organisation des mobilisés, soit pour servir de centre, et croit qu'une division de ses forces serait fatale; il fait remarquer en outre qu'en retirant le troisième bataillon de ses éclaireurs et l'artillerie, il ne diminuerait que d'une manière insensible l'effectif de la réserve du 21* corps.

Signé : Charette.

N" 7653. Général Charette à général Chanzy, Laval.

• Laval, de Rennes, le 36 , à quatre heures cinquante.

C'est la main sur la conscience que je me suis permis hier d'exprimer mon opinion. Je ne peux ni ne veux mettre mon régiment et les Bretons que je commande dans la position de jeter le déshonneur et sur eux et sur l'armée de la Loire.

J'espère, avec l'aide de Dieu, mener à bonne fin cette périlleuse entreprise, et, selon vos instructions, au fur et à mesure que les légions seront organisées, je les dirigerai et sur Fougères et sur Vitré.

J'apporterai à cette formation toute mon énergie, toute mon intelligence, tout mon dévouement.

Malgré les circonstances périlleuses qui pèsent sur vous , merci d'avoir bien voulu comprendre mes raisons et accédé à ma demande.

Signé : Charette.

Général Chanzy à ministre guerre, Bordeaux»

Laval, 1 février 1871.

Le système militaire à suivre se trouve grandement change par suite des derniers événements.

Laissé sans nouvelles, j'ignore Tétat des autres armées et des forces militaires de la France, mais il me semble que la deuxième armée est en ce moment la seule force réelle qui puisse couvrir Bordeaux et le sud-ouest du pays. Or, l'armistice, en donnant l'Indre-et-Loire aux Allemands, leur permet d'y masser leurs troupes et d'être prêts à couper complètement, de vous, la deuxième armée.

Je sais que le prince Charles a commencé ses préparatifs et va se rendre à Tours.

Il faut prendre des'mesures ; je vous envoie un rapport complet et détaillé sur ce qu'il y a à faire, à mon avis.

Je crois devoir vous indiquer dès maintenant, d'une manière générale, ce qui m'intéresse particulièrement.

Je voudrais constituer plus solidement l'armée de défense de la Bretagne et de la Normandie; je suis disposé à y ajouter encore deux nouvelles divisions (Saussier et Goujard), et je ramènerais sur la rive gauche de la Loire la deuxième armée.

Il importe, pour ne pas être pris à l'improviste, que vous me fassiez connaître si vous approuvez ce plan général, afin que je puisse préparer et même commencer, dès maintenant, mes mouvements en conséquence. Signé : Chanzy.

INSTRUCTIONS

Laval, 29 janvier 1811.

Un armistice de vingt et un jours vient d'être conclu pai* le gouvernement de Paris. Le général en chef reçoit de la délégation de Bordeaux l'ordre de suspendre immédiatement les hostilités, et de s'entendre avec le commandant des forces prussiennes pour déterminer, sur-le-champ et avec précision , les lignes des avant-postes respectifs par l'indication des localités, accidents de terrain et autres points de repère. Le commandant Marois, aide de camp du général en chef, a été envoyé en parlementaire pour convenir du lieu et des conditions de la réunion des officiers délégués par les commandants des deux armées pour régler les questions militaires relatives à l'armistice. En conséquence, les avant-postes de la deuxième armée resteront sur les positions qu'ils occupent actuellement, les corps francs et les forces locales en armes, qui opéraient en avant des lignes, resteront établis

dans les localités ou sur les points où ils se trouvent, sans pouvoir modifier leurs positions actuelles ou en occuper de nouvelles.

Les hostilités doivent cesser immédiatement; il ne doit être fait, à partir de la notification des présentes instructions, aucune reconnaissance ou mouvement offensif en dehors des avant-postes et dans la direction de l'ennemi. Les ravitaillements des deux armées ne peuvent se faire en avant des lignes qu'elles occupent.

Les commandants des corps d'armée feront parvenir immédiatement au commandant en chef l'indication exacte des emplacements de leurs avant-postes, et de ceux qu'occupent les corps francs et les forces locales armées opérant sous leur commandement ou dans la zone qu'ils sont chargés de surveiller et de défendre. Les chefs d'état-major des 16«, 17® et 21® corps seront rendus demain au grand quartier général avant huit heures.

Quelque pénible que soit pour l'armée la position que lui crée cet armistice, alors qu'elle se préparait à de nouveaux efforts, le général en chef compte sur tous pour l'exécution complète et loyale des obligations qu'impose cette mesure. Rien n'est changé aux instructions données hier pour l'exécution des mouvements prescrits en deçà de la ligne des avant-postes.

Le quartier général du 16® corps restera à Laval jusqu'à nouvel ordre. Jusqu'à ce que le général de Colomb ait pu prendre le commandement des troupes sur la rive gauche de la Mayenne, l'amiral Jauréguiberry reste chargé de la défense de cette rive ; il donnera en conséquence, et dès ce soir, les ordres et instructions que nécessite la mise à exécution de l'armistice.

Le général en chef.

Signé : Ghanzy..

Quartier général du Mans, ce 29 janvier 1871, neuf heures, soir.

Monsieur le général.

Le document ci-inclus d'une convention arrêtée le 28 de ce mois à Versailles, sera envoyé aux commandants supérieurs en dehors du grand quartier général des armées allemandes. — Il y est conclu un armistice de trois semaines, qui concerne aussi bien l'armée de Paris que les armées opérant en province.

S. A. R. le prince Frédéric-Charles de Prusse se déclare prêt, pour l'armée qu'il commande en face de l'armée française, à partir du 31 janvier, à midi, ou plus tôt, à se retirer eu deçà de la ligne de démarcation indiquée dans l'article i"^ dans le cas où vous, Monsieur le général, lui feriez connaître par écrit votre consentement.

6â6 APPENDICES.

Des documents semblables seront envoyés aux avant-postes de Laval, Durtal, Tours, et du sud d'Orléans.

Le chef d'état-major de la deuxième armée,

Signé : Stieule.

Général-major et général à la suite de S. M. Je Roi.

A Monsieur le général en chef des troupes françaises devant la deuxième armée allemande.

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