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CHAPITRE DEUXIÈME

Mais en arrivant près de Paris, ils furent obligés de se concentrer, et, en outre, ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que le vide avait été fait à une certaine distance autour de la capitale. A dix lieues à la ronde, il leur fut impossible de trouver, à l'exception du vin, des provisions de quelque importance. Ils furent donc forcés d'entreprendre de petites expéditions , de se contenter de ce qu'ils pouvaient arracher aux habitants, et ils avouent aujourd'hui qu'à cette époque leur armée vivait au jour le jour : So lehte die Armée ans der Hand in den Mund \ Jusqu'à la capitulation de Toul, ils ne pouvaient espérer de se ravitailler au moyen de convois venus directement d'Allemagne, et, même après la chute de cette place, la voie ferrée qu'ils rétablirent ne servit guère qu'au transport de leur parc de siège, de leurs munitions et de leurs troupes de remplacement; aussi leur premier soin, une fois l'investissement achevé, fut d'organiser autour de Paris un vaste système d'impitoyables réquisitions. Chose digne de remarque, l'intendance française, au contraire, n'a eu recours à ce moyen qu'avec la plus grande répugnance , elle n'a jamais voulu s'écarter des habitudes de la routine, elle a rarement essayé d'acheter sur place, et elle a continué son exclusif et désastreux système d'emmagasinage. Un des membres les plus distingués de ce corps dénonçait, il y a quelques années, comme « une illusion » et « une chimère » , l'idée de faire vivre sur le pays le plus riche une armée réunie de deux cent mille hommes pendant un mois seulement ^ Les Allemands ont fait de cette chimère une dure réalité;

* Voy. Bliime : Die Operationen der deiitschen Heere. Berlin. 2 Voy. Vigo-Roussillon : Puissance militaire des Etats-Unis. Vaxïs.

le problème a été résolu à nos dépens, et l'intendance française, qui est chargée de liquider les réquisitions, pourra savoir dans quelle proportion l'ennemi a vécu sur notre malheureux pays. Dans tous les cas, elle fera bien de proliter des leçons de l'expérience, et de renoncer à des traditions surannées qui ont fait que, dans la dernière guerre, elle est restée complètement au-dessous de sa tâche.

Pour assurer leur ravitaillement, les Allemands établissent à Corbeil , à Saint-Cyr, à Chantilly, de vastes magasins d'approvisionnements qu'ils s'efforceront de maintenir constamment pleins, et c'est pour cela qu'ils vont lancer leurs divisions de cavalerie dans toutes les directions. La Beauce, le Beauvaisis, le Vexin, ces plaines riches et fertiles sont ouvertes aux excursions de leurs fourrageurs, où nous allons les suivre successivement.

Partie le 17 septembre de Nanteuil-le-Haudouin, la 5" division de cavalerie prussienne (général-lieutenant de Rheinbaben) avait passé par Pontoise, franchi la Seine à Triel, s'était avancée le 19 entre Poissy et Neauphlc, comme on l'a dit plus haut, et avait mis son quartier général à Saint-Nom. A peine établie dans ses positions et le cercle d'investissement fermé, cette division entreprit des expéditions fréquentes sur la rive gauche de la Seine, où nous la verrons opérer pendant toute la durée de la guerre.

Dès le 21 septembre les premiers éclaireurs de la 12* brigade (général-major de Bredovv) , des uhlans du IG" régiment, s'avancèrent dans la direction de Alantes. A leur approche, le maire de Alézières avait fait charger sur des voitures les fusils de la garde nationale, aûn de les soustraire à l'ennemi ; sur ces en-

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