‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 11 sur 207 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

trefaites, les cavaliers prussiens font irrupti le village, s'emparent des armes et les consign maire, en lui faisant jurer de les conserver cà disposition jusqu'au lendemain. Dans la matinée du 22, à l'heure dite, ils reviennent pour les emporter; mais dans l'intervalle elles avaient été enlevées par une quarantaine de francs-tireurs de Alan les et des environs. Ceux-ci, embusqués à l'entrée du village, font feu sur les deux premiers uhlans qui se présentent, les blessent mortellement, et s'enfuient à toutes jambes, tandis que les autres cavaliers tournent bride. Le soir l'ennemi revient en force ; le général de Bredow en personne, à la tête d'une colonne de cavalerie et d'artillerie appuyée par un détachement d'infanterie bavaroise, se dirige surMézières. En passant à Aulnay-sur-Mauldre, une reconnaissance du 13" régiment de dragons du Schleswig-Holstein essuie la décharge de quatre francs-tireurs venus à la découverte. Les francs-tireurs, qui ont blessé un dragon, expient chèrement cet exploit : attaqués par l'avantgarde ennemie, deux d'entre eux sont tués sur place, un troisième est blessé, et le quatrième seul peut s'échapper sain et sauf Le général de Bredow continue sa route, et vers quatre heures il prend position à peu de distance de Mézières. Une patrouille y pénètre, arrête le maire et le traîne devant le général, qui le somme de lui fournir des explications. Pendant ce temps trois uhlans poussent jusqu'à l'autre extrémité du village, et y rencontrent deux francs-tireurs attardés, qui, surpris eux-mêmes, s'enfuient après avoir déchargé leurs armes. Au bruit des coups de feu, le général de Bredow ne veut plus rien entendre; c'est en vain que le maire essaye de se justifier, acca-

bk^ de coups et foulé sous les pieds des chevaux, il ne doit son salut qu'à la fuite. Pendant une heure, le malheureux village de Mézièrcs, rendu responsable d'une rencontre que ses habitants ne pouvaient empêcher, est canonné et criblé d'obus ; puis, après que l'ennemi l'a traversé pour continuer sa route sur Alantes, son arrière-garde, la torche à la main, y met le feu : une soixantaine d'habitations sont la proie des flammes.

A cinq heures, le général de Bredow est aux portes de Mantes. Après y avoir lancé une douzaine d'obus, il lâche sur la ville l'infanterie bavaroise du 2* régiment « Prince royal » , qui saccage les deux gares, tue ou blesse plusieurs employés du chemin de fer, et emmène les autres comme otages. La population affolée s'enfuit jusque dans les bois de Rosny; le lieutenant-colonel Mocquard, commandant le régiment des éclaireurs de la Seine, arrivait en ce moment et s'apprêtait à courir à l'ennemi ; on le supplie de renoncer à une attaque dont le résultat serait d'attirer sur la ville les mêmes représailles qu'à Mézières, dont l'incendie embrase l'horizon.

Après cette courte mais terrifiante apparition aux portes de Mantes, le général de Bredow retourne dans ses cantonnements en traversant les ruines fumantes de Mézières à moitié détruit. Le lendemain, en déblayant les décombres, on trouva sous les ruines de la même maison six cadavres étroitement entrelacés : le père, la mère et quatre enfants avaient péri asphyxiés dans les flammes. Toute une famille avait été la victime de ces horreurs, dignes des temps barbares.

Sur la rive droite de la Seine, l'armée de la Meuse

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