‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 99 sur 207 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

trouva face à face avec une de nos reconnaissances, composée d'un demi-bataillon de mobiles de l'Oise, d'une compagnie de francs-tireurs, d'un escadron de cliasseurs et d'une section d'artillerie. Il se retira aussitôt sur Authevernes après avoir essuyé quelques coups de feu, et il donna l'alarme à Magny et à Gisors, d'où les renforts né tardèrent pas à lui arriver. Dans l'après-midi, les nôtres, voyant une forte colonne de toutes armes déboucher par la route de Vesly en même temps qu'un autre détachement apparaissait sur celle de Alagny, durent se replier sur Richeville en échangeant quelques coups de canon. Sur ces entrefaites, le reste du 1" bataillon de la mobile de l'Oise et le 2" de la Seine-Inférieure s'étaient portés d'Ecouis et de Cressenville sur Boisemont pour appuyer notre reconnaissance , en sorte que les deux partis se trouvèrent déployés et complètement en présence, à portée de la voix, entre Boisemont et Richeville. Il eût suffi d'un coup de feu pour déterminer un engagement; mais la nuit était proche et, après être restés quelque temps en observation , les Saxons reprirent le chemin de Magny et de Gisors , tandis que nos troupes regagnaient leurs cantonnements. Il devenait évident que l'ennemi commençait à nous tâter d'une façon sérieuse et que les Saxons, se sentant soutenus, n'allaient pas tarder à entreprendre quelque mouvement offensif contre la ligne de l'Andelle.

Le lendemain, en efîet, le comte de Lippe envoya dans la même direction de nouvelles reconnaissances. Vers onze heures, ses cavaliers arrivèrent à Boisemont qu'ils trouvèrent inoccupé ; de là, ils poussèrent une pointe jusqu'au hameau de Saint-Jean-de-Fre-

nelle, où ils essuyèrent quelques coups de feu; bientôt leur artillerie entra en ligne , couvrit le hameau d'obus et força les francs-tireurs qui l'occupaient à se replier sur les bois de Mussegros. Alais, à la vue d'un bataillon de mobiles arrivé comme renfort, et qui les menaçait en flanc sur la route de Gisors, les Saxons jugèrent prudent de battre en retraite. Ils emmenèrent un sous-officier et deux ou trois ubians du 18° régiment blessés dans cette rencontre, et ils s'installèrent aux Thilliers-en-Vexin avec un demibataillon, deux escadrons et une section d'artillerie, tandis qu'un détachement de même force entrait à Etrépagny et s'y établissait. Ces deux détachements devaient opérer de concert, le lendemain, une attaque au delà d'Ecouis, contre la ligne de l'Andelle; mais leur dessein échoua, ainsi qu'on va le voir, par suite des dispositions que nous prenions au même moment.

Nos troupes ayant réoccupé Vernon et Evreux sur la rive gauche de la Seine, le général Jîriand crut que le moment était venu de frapper à son tour un coup énergique sur la rive droite et d'essayer de déloger les Saxons de Gisors. Cette résolution venait un mois trop tard. C'était après le succès de Formerie, et dans la première quinzaine de novembre, qu'il eût fallu attaquer le comte de Lippe et le prince Albert; mais, comme nous l'avons mentionné plus haut, ce fut à cette époque même que le général JBriand fut enlevé à son commandement. Les événements qui s'étaient déroulés depuis avaient changé la situation des deux partis ; la Fère avait capitulé le 26 novembre, et le 27, le général de Manteuffel avait battu à Villers-Cretonneux les jeunes troupes

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