CHAPITRE HUITIEME
Lorsqu'il vit que l'aube commençait à poindre, il dut se résoudre à battre en retraite, ne remportant de son expédition que la satisfaction de n'avoir pas manqué au rendez-vous. Son mouvement s'opéra sans grande difficulté, les Saxons étant trop occupés du côté d'Etrépagny pour songer cà l'inquiéter ; il y eut, cependant, quelques coups de feu échangés sans résultat entre les francs-tireurs et un peloton de dragons envoyé en reconnaissance à Eragny. Après une courte halte à Thierceville , le colonel Alocquard se dirigea par Hébécourt sur Alainneville, où il prit ses cantonnements; il avait perdu dans cette retraite un traînard qui fut tué à Saint-Denis-le-Fernient par la même patrouille saxonne qui, la nuit précédente, y avait blessé un officier des éclaireurs.
Le comte de Lippe n'avait pas tardé à apprendre ce qui s'était passé à Etrépagny par les premiers fuyards arrivés à Gisors vers deux heures et demie du matin. Il fit aussitôt sonner l'alarme et rassembla à la hâte toute la garnison sur la route de Paris; il fit rentrer le poste de Bézu-Saint-Eloi et ne laissa de ce côté de la ville qu'un faible détachement chargé de recueillir les débris du colonel de Rex. Si notre marche eût été poursuivie, nul doute que les Saxons n'eussent abandonné Gisors; car leur grand'garde d'Eragny, qui s'était repliée après avoir échangé quelques coups de feu avec les éclaireurs du colonel Mocquard, avait annoncé l'approche de forces considérables qu'ils prirent pour notre corps de Gournay. Ils attendirent ainsi le jour dans la plus vive inquiétude, et ils ne reprirent confiance que lorsqu'ils le virent paraître sans avoir eu à essuyer une nouvelle attaque : les patrouilles qu'ils lancèrent sur
2l(i LA GUERRE DAXS L'OUEST.
Eragny leur apprirent que notre colonne de gauche avait rebroussa chemin, et les échappés d'Etrépagny leur apportèrent la nouvelle que cette ville avait été évacuée par nous; le comte de Lippe se hasarda alors à envoyer dans cette direction une reconnaissance qui confirma la nouvelle de la retraite de nos troupes.
Les Saxons organisèrent alors une expédition pour recueillir leurs morts et leurs blessés et aussi pour se venger bassement de leur échec. Afin de se disculper de sa négligence, le colonel de Rex avait inventé une fable grossière qui a été reproduite dans presque toutes les relations allemandes du combat d'Etrépagny : malgré les précautions les plus minutieuses , irotz der trefjlichslen Sicherheitsmassre' fjeln \ il avait été, disait-il, attaqué simultanément et de tous côtés par les habitants, et par une troupe armée qui avait été cachée dans l'église : znm Theil in Kirchen vcrsieckt ^ La vérité est que le colonel de Rex se gardait si mal , que le guide du général Briand avait pu pénétrer ;iu cœur d'Etrépagny sans que l'éveil eût été donné ; qu'il n'y avait pas un seul soldat caché dans l'église ni ailleurs, et que notre attaque ne surprit pas moins les habitants que les Saxons euxmêmes.
Vers deux heures de l'après-midi, le détachement entra sans résistance à Etrépagny; il était composé de trois escadrons, d'une compagnie d'infanterie montée et de deux canons, sous les ordres du major de Funcke, l'officier supérieur qui nous avait fait des prisonniers à Ravenel dans des circonstances qu'on
* V^ Die s'fifhsische Armée im deuttch-franziisischcn Feldztige. Pirna. 2 V. Giasenapp. Der Feldzucj von 1870-1871. Leipzijj.