CHAPITRE HUITIÈME
n'a pas oubliées, et qui allait avoir une nouvelle occasion de se distinguer au milieu d'une population sans défense.
Sur l'ordre de leurs chefs, les Saxons enfoncent les portes, se saisissent des habitants atterrés et les entraînent hors de la ville à coups de plat de sabre et le pistolet sur la gorge; d'autres, munis de tampons de foin qu'ils imbibent de pétrole , mettent le feu aux maisons et n'épargnent même pas l'ambulance où ont été soignés leurs blessés. Quelques habitants réussissent à sauver leurs demeures, mais ils n'y parviennent qu'en graissant la patte à ces incendiaires '. Une soixantaine d'habitations, plusieurs fermes avec leurs récoltes deviennent la proie des flammes ; des chevaux de culture amenés dans les rues sont éventrés à coups de baïonnette, avec une sauvagerie dont les Bavarois eux-mêmes se fussent étonnés. Vers quatre heures, quand ils voient l'embrasement complet, les Saxons reprennent le chemin de Gisors, après avoir pris l'infernale précaution de briser les pompes à incendie, comme pour enlever à leurs victimes jusqu'à la moindre lueur d'espérance.
Le premier soin des Saxons faits prisonniers le matin par nos soldats avait été d'invoquer leur nationalité et de faire appel à la sympathie de leurs anciens alliés sur les champs de bataille. Hélas ! quelques heures plus tard, leurs camarades se montraient plus Prussiens que les Prussiens eux-mêmes, et de même (jue ceux-ci ont trop souvent souillé leur victoire, ceux-là eurent à cœur de déshonorer leur défaite.
* V. Dehais: L Invasion prussienne dans T arr^' des Andelys. Évreux.