CHAPITRE IX
Événemenls sur la rive droite de la Seine depuis le combat d'Étrépagiiy jusqu'à ceux de Buchy. — Graude sortie de Paris. — Ordres de marche sur la capitale (29 et 30 novembre). — Evénements dans le Xord. — Bataille de Villers-Bretonneux (27 novembre). — Chute de la Fère et prise d'Amiens. — Marche du géuéralde Manteuffel sur Rouen l'^'' décembre). — Formation de la première armée allemande à la date du 3 décembre. — Répartition des troupes de l'Andelle à la même date. — Effectif des forces allemandes. — Combats de Forgettes, de Roctjuemont et de Bosc-le-Hard. — Escarmouches de Saint-Jean-de-Frenelle, de Lyons-la-Forèt et de Vascœuil (4 décembre). — Positions des deux partis dans la soirée du 4 décembre.
A son retour d'Étrépagny, le général Briand reçut à Fleury-sur-Andelle un télégramme du ministre de la guerre, lui prescrivant de former une colonne d'une vingtaine de mille hommes et de la diriger sur Paris. C'était la conséquence d'un plan général de la délégation de province, et, au moment même où cet ordre parvenait au général Briand, c'est-à-dire dans la soirée du 30 novembre, les généraux de l'armée de la Loire, réunis en conseil de guerre à Saint-Jean de-la-Ruelle,près Orléans, recevaient, au nom du ministre, l'injonction formelle de marcher sur Pithiviers ; le commandant de l'armée du Xord devait également concourir à ce mouvement général sur Paris , car il s'agissait de tendre la main à notre armée de siège qui tentait alors une grande sortie.
On apprit, en effet, le 1" décembre que cette sortie, accomplie la veille, avait été couronnée d'un plein succès; et, le même jour, le général Chanzy inaugurait le mouvement de l'armée de la Loire par une
brillanle action. Tout s'annonçait donc favorablement dans celte journée ; la fortune semblait enfin nous sourire; chacun avait repris confiance, et" chez nous, qui sommes prompts à passer d'un extrême à l'autre , le découragement avait subitement fait place à l'espérance. La délégation de province elle-même s'était abandonnée à un enthousiasme qui l'empêcha de voir clairement les choses et de juger avec calme la situation militaire.
Le 2 décembre, le général Briand reçut un second télégramme qui lui enjoignait de nouveau « de ramasser toutes ses troupes et de marcher sur Paris » . Cette dépêche, communiquée aux comités de défense, fut promptement connue des journaux, qui s'empressèrent de la publier, ni plus ni moins que s'il se fût agi de donner le change à l'ennemi et de l'attirer dans un piège. On était persuadé à Tours que l'évacuation d'Amiens par le général de Manteuffel était une conséquence de la sortie de Paris, et l'on supposait que la I" armée allemande se portait en toute hâte au secours de l'armée d'investissement. Le général Briand s'empressa, il est vrai, de signaler la marche de l'ennemi sur Rouen; mais le délégué du ministre de la guerre, qui remplissait des fonctions analogues à celles de major général , lui répondit « que les » Prussiens avaient autre chose à faire que de venir » se promener en Normandie " , et il réitéra son injonction. Le préfet de la Seine-Inférieure confirma les renseignements fournis sur la situation par le général Briand; mais, bien que dans cette malheureuse guerre les fonctionnaires civils trouvassent plus facilement créance que les chefs militaires, on ne tint pas compte de son avis et l'ordre fut maintenu. Le