CHAPITRE XKLVIKME
si le gros de nos forces était avec le général Farre ou avec le général Briand. Dans le doute, il eut été plus rationnel pour les Prussiens de poursuivre le général Farre et de compléter le résultat obtenu à \ illers-Bretonneux. Avec la Fère et Amiens, ils possédaient déjà deux points d'appui dans le Nord, et il semble qu'ils devaient chercher à se rendre complètement maîtres de la ligne de la Somme en dirigeant contre la place de Péronne, qui en est la clef, l'entreprise qu'ils firent plus tard et qui était naturellement indiquée. Alais, sur les rapports du comte de Lppe et de l'armée de la Aleuse, le grand quartier de Versailles désigna Rouen comme le point le plus menaçant pour l'armée de siège. La surprise d'Etrépagny, survenue dans la nuit du 29 au 30 novembre, était de nature à faire cesser toute hésitation chez le général de Alanteuffel ; la tentative du général Briand contre Gisors eut donc pour résultat de dégager l'armée du Xord et de lui permettre de se reconstituer avec une merveilleuse promptitude sous la main habile et énergique du général Faidherbe.
Laissant derrière lui un mince rideau de troupes pour couvrir la ligne de la Somme, occuper Amiens et la Fère et garder la ligne ferrée qui relie ces deux villes, le général de Alanteuffel se mit en route sur Rouen avec le gros de ses forces dès le 1"" décembre. Son ordre démarche semble trahir comme un indice de précipitation : ses corps d'armée sont formés par inversion; le VHP a l'aile droite et suit la route qui longe le chemin de fer par Poix, Formerie et Forges. Le 2 décembre, le quartier du général de Alanteuffel est à Grandvilliers et son aile gauche à Breteuil, en sorte que, dans cette position, il pourrait également
se porter sur Rouen ou sur Beauvais et Paris; mais à cette date, il connaît sans doute l'insuccès de notre tentative de sortie, et il poursuit sa marche sur Rouen. Le 3, ses têtes de colonnes sont sur l'Epte, à Forges et à Gournay ; le même jour, il déploie son armée , la forme en bataille , lui crée une réserve et l'établit dans les positions suivantes: A l'aile droite, le VHP corps (général de Goeben) , de Forges à Neufchâtel, quartier général à Gaillefontaine ; à l'aile gauche, le I" corps (général de Bentheim), à Gournay et aux environs, quartier général à la Chapellc-Songeons; la réserve, à Pommereux et à Bazancourt; le grand quartier du général de Manteufiel à Songeons.
Voyons quelle était, de notre côté, la situation militaire et comment nos troupes étaient réparties à la même date.
Par suite de l'ordre de marche sur Paris, donné dans la soirée du 30 novembre et contremandé le 3 décembre, le général Briand avait perdu trois jours entiers, qui auraient pu être utilisés pour organiser la défense de la Seine-Inférieure. Le mouvement sur Paris avait reçu un commencement d'exécution ; les bagages , les convois de munitions , le matériel du chemin de fer avaient été réunis à cet eifet; plusieurs bataillons de mobilisés avaient été dirigés sur la rive gauche de la Seine et une partie des troupes du corps de Fleury avaient été concentrées pour suivre la même direction.
Les troupes, dont le général Briand disposait le 3 décembre au soir, restaient, comme auparavant, séparées en deux groupes et placées sous des commandements dont les centres avaient été fixés à Fleury-sur-Andelle, pour l'aile droite, et successi-