‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 110 sur 207 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

vement à Forges, Argueil, Gournay, puis Buchy, pour l'aile gauche.

A Fleury-sur-Andelle , le capitaine de frégate Olry avait sous ses ordres les corps dont nous allons faire connaître la désignation et les positions : à Fleury, le 12' régiment de chasseurs, le 2* hataillon de marche de la ligne et le l" bataillon de la mobile delà Loire-Inférieure; à Ecouis et à Fresne-l'Archevêque, le régiment de la mobile de l'Oise ; à Gaillardbois-Cressenville , le 2^ bataillon de la Seine- Inférieure; à Ménesqueville , le 2^ bataillon des Landes; à Charleval, le 2* bataillon des Hautes- Pyrénées. En outre, dans les derniers temps, la plupart des corps francs avaient été rattachés au commandement de Fleury; c'étaient : au Mesnil- Bellanguet, le demi-bataillon des tirailleurs havrais; à Mussegros , la compagnie des francs-tireurs des Andelys; au château de Belleface, la compagnie d'Elbeuf; à Lyons-la-Forêt , le demi-bataillon du Nord , la compagnie des éclaireurs rouennais et les guides de la Seine-Inférieure, pour ne pas parler de deux ou trois autres petites troupes irrégulières et de peu d'importance. L'artillerie comprenait deux sections de la 2' batterie du 10" régiment, une de la 31^ batterie de la marine, une des mobilisés de Rouen , une batterie des mobilisés du Havre et une autre de la garde nationale sédentaire de Rouen. Le corps de Fleury-sur-Andelle comptait donc à peu près 1,500 hommes de l'armée régulière, 7,000 mobiles et 12 à 1,500 francs-tireurs; total, environ 10,000 hommes avec vingt et un canons, dont six Withworth, six de 4, trois Armstrong et six rayés de montagne.

Depuis le départ du général d'Espeuilles , le corps du pays de Bray, dont nous ferons connaître plus loin la composition , était passé sous le commandement du lieutenant-colonel de Beaumont, du 3" hussards, qui occupait Gournay dans les derniers jours de novembre. Le 1" décembre, il reçut l'ordre de se porter à Gaillefontaine avec une partie de ses troupes pour couvrir la route d'Amiens et la ligne du chemin de fer, Gournay restant occupé par deux bataillons. Les journées des ]" et 2 décembre s'écoulèrent sans événement digne de remarque. Dans la nuit du 2 au 3, l'approche des têtes de colonnes du général de Manteuffel fut signalée; le colonel de Beaumont, ne se sentant pas en force pour leur disputer le cours supérieur de l'Epte , se replia aussitôt sur Buchy, où la concentration de son petit corps s'opéra dans la matinée du 3 décembre. A ce moment, le général Briand n'avait pas encore reçu le contre-ordre à sa marche sur Paris; il était donc forcé de rester à Rouen pour y recevoir |es instructions du ministre. Il était, d'ailleurs, persuadé que le colonel de Beaumont ne pouvait avoir devant lui qu'une faible avantgarde, et il lui avait donné l'ordre de tenir à tout prix. Lorsqu'il fut informé de son mouvement de retraite, il chargea le capitaine de vaisseau Mouchez du commandement supérieur et de la défense du pays de Bray.

Placé vers le milieu de septembre à la tôte de la division navale de la basse Seine , le commandant Mouchez avait, en exécution d'un décret du 18 octobre, réuni à son commandement celui des forces de terre du Havre; et, sous son impulsion, les travaux de défense et l'armement de cette place s'étaient rapi-

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dément achevés. Un mois plus tard, le 20 novembre, sur les instances de la municipalité de Rouen, qui voulait également créer autour de cette ville des ouvrages de fortification, le commandant Mouchez fut remplacé au Havre par le capitaine de frégate Rallier et appelé à la tête de la subdivision militaire de la Seine-Inférieure. Malgré le peu de temps qu'il avait devant lui, il s'était mis à l'œuvre avec activité , et il était tout entier à ses travaux de défense, quand, dans la nuit du 2 au 3 décembre, il se vit chargé de la mission précédemment confiée au colonel de Beaumont. Bien que peu initié à l'art de conduire des troupes en campagne , comme tant d'autres braves marins qui combattaient hors de leur élément, le commandant . Mouchez ne crut pas pouvoir refuser le concours qu'on demandait à son patriotisme, et il accepta le commandement d'un corps dont la situation se trouvait déjà plus que compromise. Arrivé seul à Forges le 3 décembre à une heure du matin , il n'y trouva plus que quelques détachements en pleine retraite, et il ne put qu'approuver les dispositions déjà prises par le lieutenant-colonel de Beaumont, c'est-à-dire la concentration sur Buchy, où l'on devait essayer d'arrêter l'ennemi, s'il n'y avait pas une disproportion de forces trop considérable.

La position de Buchy, beaucoup moins favorable que celle de Gaillefontaine pour contenir les efforts d'une armée venant d'Amiens, avait cependant une certaine importance stratégique, comme point de bifurcation des routes de Forges et de Neufchâtel et du chemin de fer d'Amiens vers Rouen et Dieppe. Dans la matinée du 3 décembre, par un froid de 7 à 8 degrés, le bourg de Buchy et ses environs furent subite-

mont onvahis et encombrés par une foule de soldats débandés, à moitié gelés, sans vivres et dans un état : de dénûment complet. Les premiers ennemis à combattre étaient donc le froid, et surtout la faim. « Ventre affamé n'a pas d'oreilles ", a écrit le fabuliste; Disciplinam servare non potcst jejumis exerciius, dit un vieil adage militaire; il était, en elfet, bien difficile de maintenir l'ordre et la discipline parmi des troupes aussi éprouvées par le manque de nourriture. Depuis le J" décembre , l'armée de l'Andelle se trouvait placée sous le régime de la solde avec vivres de campagne , mais le service n'était pas encore organisé, et l'intendance était dans l'impossibilité de procurer les rations qu'elle était censée fournir. La journée du 3 décembre et une partie de la nuit suivante furent donc employées au ravitaillement. Le commandant Mouchez dut se faire lui-même le pourvoyeur de son petit corps d'armée; il partit pour Rouen, et, grâce au patriotique concours de la municipalité de cette ville , il en revint à minuit avec ce qui était nécessaire, sinon pour alimenter ses troupes, du moins pour les empêcher de mourir de faim. Le reste de la nuit se passa à opérer la répartition de ces vivres. Pendant ce voyage à Rouen, le commandant Mouchez avait pressé le général Briand de venir se rendre compte par lui-même de la situation et de prendre la direction des troupes de Buchy , mais le général crut qu'il suffirait d'y envoyer quelques renforts. En restant à Rouen , il voulait sans doute être à même de se porter, suivant le besoin, à Buchy ou à Fleurysur-Andelle, au point où il jugerait sa présence le plus nécessaire. 11 semblait encore ignorer la direction précise de la marche du général de Manteuffel et

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