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CHAPITRE DEUXIEME

avait établi ses magasins à Chantilly. Pour les remplir et les protéger, elle s'empressa de faire occuper Creil. Ce point stratégique, qui est le nœud de plusieurs embranchements de chemin de fer rayonnant en forme de patte d'oie sur Compiègne, Clermont, Beauuais et Pontoise, était naturellement désigné, et déjà l'ennemi l'avait fait reconnaître par ses flanqueurs.

Dès le 15 septembre, Creil et Chantilly avaient été visités par des détachements de la G" division de cavalerie qui occupait alors Sentis. L'invasion de la gare de Creil fut accompagnée de circonstances assez curieuses, qui ont été relatées dans un intéressant travail sur le chemin de fer du Nord pendant la guerre'. Bien que la cavalerie ennemie fût signalée, on ne l'attendait pas si tôt, et des machines remorquant des fourrages arrivaient de Beauvais ; tout à coup les uhlans débouchent par la route de Sentis, font feu sur le train arrivant , envahissent la gare des marchandises, s'emparent du matériel, fouillent et dévalisent les caisses de la grande et de la petite vitesse. Ils étaient guidés dans cette opération par un ancien employé de la Compagnie du chemin de fer du Nord, Allemand d'origine, qui, congédié quelques mois auparavant, s'était vanté « d'avoir travaillé pour le roi de Prusse ». Il s'était en effet livré, pour le compte de ce monarque, à des études très-approfondies sur les divers services du chemin de fer; il savait dans quelles conditions se trouvaille réseau du Nord ; il connaissait tous les détails du service, et jusqu'au chiffre moyen des recettes journa-

1 Voy. Ernouf : Le Chemin de/er du A'ord. (Reçue de France, 1872.)

lièrcs. Xos ennemis ne manquèrent pas de mettre à profit ces précieuses connaissances. C'est ainsi que nous nous croyions envahis depuis quelques semaines seulement, quand en réalité l'invasion remontait à plusieurs années ; depuis longtemps l'Allemagne avait lancé sur la France ses nuées d'employés et de commis, de pionniers et d'enfants perdus, qui avaient levé les plans de nos places fortes, étudié nos positions stratégiques, nos voies de communication, nos ressources et noire statistique; puis, au jour de la déclaration de guerre, elle avait rappelé à elle cette avant-garde d'espions qui avaient éclairé au loin dans notre malheureux pays la marche de ses troupes, et qui allaient les guider jusque sous nos toits domestiques.

Visitée plusieurs fois depuis le 15 par les patrouilles ennemies, la ville de Creil ne fut occupée à demeure que le 23 septemhre, par un détachement de réquisition venu de Chantilly, sous les ordres du capitaine de Alassow, et composé de deux pelotons de cuirassiers et d'un piquet d'infanterie appartenant au corps de la garde prussienne. Le premier soin de l'ennemi en entrant à Creil fut de désarmer les hahitanis et de hriser leurs lusils; sa présence excita dans la ville et dans les localités voisines de la vallée de l'Oise un soulèvement qui, s'il avait été secondé, aurait amené l'anéantissement certain des premières colonnes réquisitionnaires ; mais le département, évacué par l'autorilé militaire, était alors dégarni de troupes, au grand désespoir des hahitants.

Le 25 septemhre, un petit détachement d'un piquet de dragons et d'une escouade do fantassins s'avança de Creil jusqu'à Laigneville, sur la route de Clermont,

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