‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 112 sur 207 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

chargées de couvrir l'armée d'investissement. Toutes ces forces, réunies le 3 décembre sur la ligne de l'Epte, de Forges à Gisors, formaient un total de quarante-sept bataillons, quarante-huit escadrons et trente batteries. Il s'agit maintenant d'exprimer ces chiCfres en têtes de combattants, et c'est là que gît la difficulté. Lorsque la T" armée part de Metz, le général Senfft , qui prend le soin de nous annoncer son approche, évalue sa force à 80,000 hommes, et, arrivée à Rouen, elle en aurait eu à peine la moitié, s'il faut s'en rapporter aux Prussiens; nous croyons que ces évaluations sont également éloignées de la vérité. Sur l'effectif du pied de guerre réglementaire, le bataillon au complet comptant mille baïonnettes, et l'escadron cent cinquante sabres, la T* armée allemande aurait été forte de 55,000 hommes environ; mais nous supposerons que, par suite des marches et des combats, elle avait perdu un cinquième de son infanterie et un dixième de sa cavalerie; en réalité quelques rares bataillons avaient seuls pu subir un pareil déchet et les escadrons avaient fort peu souffert. Le chiffre total des forces du général de Manteuffel dépassait donc 45,000 hommes. Quant aux artilleurs, les Allemands n'ont pas l'habitude de les faire figurer dans l'effectif des combattants, bien que ce soient eux qui jouent le rôle principal dans les batailles ; mais il n'en est pas moins vrai que le 3 décembre le général de Manteuffel avait à sa disposition trente batteries, ou, pour parler rigoureusement, cent soixante-dix-neuf canons; car nous admettrons que le comte de Lippe n'avait pas eu le temps de remplacer celui qu'il avait laissé entre nos mains à Etrépagny. Les forces du général de Manteuffel étaient donc,

comme quantité, plus que doubles de celles du général Briand; et, quant à la qualité, on ne saurait comparer aux régiments prussiens, aguerris et exaltés par le succès, nos quelques bataillons incohérents, ni opposer aux 179 canons Krupp notre artillerie, composée en grande partie de canons lisses ou de pièces de montagne.

Il suffit de mettre ces éléments en regard les uns des autres pour voir quelles étaient les chances d'une tentative de résistance. Pour que la lutte eût été possible, il aurait fallu d'abord conserver les positions du pays de Bray, opérer une concentration de nos forces sur leur gauche, occuper fortement la ligne de séparation des eaux, et toute la partie qui s'étend entre le cours supérieur de l'Epte et celui de l'Andelle et de la Béthune. Il y a là un terrain coupé, boisé, accidenté, hérissé de fermes dont chacune forme à elle seule un ouvrage de campagne. Le choix d'une pareille position, très-favorable à la défense, aurait pu compenser en partie notre infériorité numérique, en enlevant à l'ennemi le moyen d'employer sa nombreuse cavalerie et son artillerie formidable. Si les Prussiens, contenus ainsi en tête, eussent été en même temps menacés en queue par notre armée du Nord, dont le général Faidherbe venait de prendre le commandement, le général de Manteulfel aurait été vraisemblablement forcé de renoncer à sa marche sur Rouen et de se retirer sur Beauvais. Une simple démonstration sur ses derrières, tandis qu'il eût été maintenu de front, aurait profondément modifié la situation; par malheur il n'existait aucune relation entre le général Faidherbe et le général Briand; en sorte que l'armée de l'Andelle, qui aurait pu, quelques jours auparavant,

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