CHAPITRE NEUVIÈME
route de Forges, mais ils firent aussitôt volte-face, salués de loin par quelques décharges de mousqueterie et par un coup de canon, dont le projectile alla tomber à peu près à mi-chemin, ce qui n'était pas fait pour inspirer une grande confiance à nos soldats dans l'appui de leur artillerie. La patrouille ennemie avait disparu et l'on pouvait croire l'affaire terminée, quand, peu de temps après, une batterie vint se mettre en position sur les hauteurs opposées, à environ deux kilomètres de nos pièces qu'elle prit comme objectif. A une pareille distance, des obusiers lisses étaient incapables de répondre d'une manière efficace; les artilleurs tirèrent néanmoins quelques coups de temps à autre pour ne pas décourager notre infanterie. La canonnade et la fusillade se prolongèrent ainsi sans grand effet meurtrier pendant environ une heure. L'avant-garde prussienne qui occupait Alauquenchy, et qui se composait du 2" bataillon du 65' régiment, n'avait d'autre but que de donner à la colonne qu'elle précédait le temps d'entrer en ligne. Vers dix heures, le général de Kummer, débouchant à la tête de sa brigade, s'étendit aussitôt par sa droite vers Roncherolles, afin de se tenir en communication avec la colonne du centre qui s'avançait sur Sommery. Lorsqu'il eut reconnu la faiblesse numérique de ses adversaires, il donna l'ordre de l'attaque. Avec des efforts dignes d'un meilleur résultat, quelques-unes de nos compagnies essayèrent de disputer le terrain , mais l'artillerie ennemie, qui jusque-là les avait épargnées, fut aussitôt dirigée contre elles; l'un de ses premiers obus enleva un éclaireur de la Seine et en blessa quelques autres. En présence des forces considérables qu'il avait
devant lui, et qui le débordaient sur sa gauche, le colonel Mocquard dut se résoudre à donner le signal de la retraite. Par malheur elle s'opéra précipitamment, et nos artilleurs ne purent éviter d'abandonner une de leurs pièces, démontée pendant l'action '. Dans cette affaire, les mobiles, les mobilisés et les francs-tireurs eurent quatre hommes tués ou atteints mortellement, douze à quinze autres hors de combat, et une vingtaine de prisonniers. L'ennemi, de son côté, laissa deux des siens sur le terrain et envoya aux ambulances de Forges-les-Eaux une douzaine de blessés appartenant tous, sauf un artilleur, au 65* régiment d'infanterie du Rhin.
La canonnade de Forgettes avait été entendue à Buchy, mais on crut que c'était notre reconnaissance qui fouillait les bois et qu'il n'y avait rien de sérieux de ce côté, aucune estafette n'ayant rendu compte de ce qui s'y passait. Vers dix heures et demie, on vit apparaître les premiers fuyards, propageant sur leur route une panique dont ils étaient les auteurs, et le gros des troupes massées autour de Buchy suivit ce mouvement rétrograde que les chefs furent impuissants à enrayer. Des détachements du 5" bataillon de marche (commandant Barreau), ainsi qu'un escadron du 3* hussards, postés sur la route de Forges, entre Bosc-Roger et le hameau de Razeran, attendirent seuls l'ennemi de pied ferme; mais après une courte canonnade, ils se virent également débordés sur leur gauche et forcés de se replier. Dans ce second engagement, nos soldats eurent quelques blessés; un sous-lieutenant et une vingtaine d'hommes
1 V. Dcssolins: Les Prussiens en Normandie. Rouen.