‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 116 sur 207 · CHAPITRE XEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE XEUVIÈME

contre -ordre à sa marche sur Paris. Libre désormais de toute préoccupation à ce sujet, il s'était occupé de porter sur Buchy, où était réellement le danger, une partie du corps de l'Andelle, ne laissant sur cette ligne que le rideau nécessaire pour masquer le mouvement et observer le détachement du comte de Lippe. La colonne destinée à renforcer les troupes de Buchy fut concentrée en partie à Fleury; elle devait se composer du 2" bataillon de marche de la ligne, de plusieurs bataillons de mobiles et de deux batteries d'artillerie. En outre, le général Briand avait chargé le commandant général Estancelin d'occuper Clères et Saint-Victor avec la garde nationale sédentaire de Rouen , et de couvrir ainsi le chemin de fer de Dieppe et la bifurcation d'Amiens. Ces gardes nationaux devaient être rendus, le 4 de bon matin, dans les positions qui leur avaient été assignées, mais ils ne partirent de Rouen qu'à onze heures; ils arrivèrent à Clères vers trois heures de l'après-midi, et, par suite d'une erreur inexpliquée, le chef de train conduisit le commandant général Estancelin et tout son détachement jusqu'à Saint- Victor ^ Ce détachement, formé des 1", 2* et 4' bataillons de la garde nationale sédentaire de Rouen (lieutenant-colonel Hurault de Ligny\ était fort d'environ 1,300 hommes. Quant au transport des troupes de Fleury sur Buchy, par suite du manque de temps, de l'insuffisance du matériel des chemins de fer et de l'encombrement de voies , il ne put recevoir qu'un commencement d'exécution. L'artillerie resta embarquée à la gare de Fleury; le 2^ bataillon de marche de

^ V. Estancelin : La vérité sur les écénements de Rouen. Rouen.

la ligne ne dépassa pas Clères, et le 2* bataillon de la garde mobile de la Seine -Inférieure (commandant Rolin), qui formait la tête de cette colonne, se trouva seul engagé.

Embarqué dans la matinée à Fleury-sur-Andelle, ce bataillon, fort d'un peu plus de mille hommes, arriva vers midi à la gare de Rouen. On avait bien entendu, des hauteurs de cette ville, la canonnade qui avait éclaté le matin dans la direction de Buchy, mais on en ignorait complètement les résultats; le train continua sa marche par Clères et arriva vers une heure à la station de Bosc-le-Hard, qui était devenue tête de ligne. La communication était interrompue depuis quelques heures avec Critot, et le télégraphe venait également d'être détruit en arrière par les coureurs ennemis qui s'avançaient jusqu'à Saint- Victor. Une patrouille prussienne était en vue; et, à l'approche du train, elle se retira dans la direction d'Augeville, après avoir fusillé un mobilisé du 3" bataillon de Rouen, qu'elle avait pris dans les environs et contraint à lui servir de guide. Les mobiles de la Seine-Inférieure se trouvaient ainsi complètement en l'air et dans une situation difficile : par suite de la rupture du télégraphe, il était impossible de demander des instructions; laisser le train continuer sa marche, c'était tombera coup sûr au milieu des forces ennemies et renouveler, dans des conditions plus graves encore, la catastrophe qui avait eu lieu juste deux mois auparavant près de Critot', car le chemin de fer était coupé en cet endroit. C'est pourquoi, après s'être renseigné près des habitants du pays, le

1 V. Souvenirs d'un jeune invalide. [Revue des Deux Mondes, 1872.)

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