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CHAPITRE NEUVIÈME

commandant Rolin résolut de faire débarquer son bataillon, et de prendre position, en attendant le reste de la colonne qui devait le suivre.

Situé au point où la route de Rouen à Bellencombre coupe le chemin de fer de Dieppe à Amiens, le bourg de Bosc-le-Hard a un développement de près de trois kilomètres; il ne pouvait, par conséquent, être longtemps ni efficacement défendu par un millier d'hommes. Néanmoins, comme il s'agissait avant tout de protéger le débarquement des renforts attendus, le commandant Rolin couvrit la gare par une ligne de tirailleurs avec une compagnie comme soutien , après quoi il fit occuper Bosc-le-Hard par le reste de son bataillon , appuyant sa gauche à la station et s'étendant par sa droite jusqu'au carrefour de la rue Vilaine.

Les vedettes prussiennes avaient assisté à ces préparatifs qui éveillèrent bientôt l'attention de l'ennemi. Etabli à Buchy, le général de Goeben avait massé le gros de ses forces au nord-ouest de la bifurcation que le chemin de fer forme en cet endroit; le comte de Brandebourg, avec la brigade des dragons de la garde, occupait Rocquemont, et le général de Barnekow, avec la 16° division d'infanterie, Critot, Esteville , Yquebeuf et Cailly. Pour couvrir son aile droite et détruire nos chemins de fer, le général de Goeben avait formé, sous les ordres du major d'Elern, un détachement de deux bataillons du 29^ régiment d'infanterie, d'un escadron et d'une batterie. Cette colonne, suivant l'embranchement de Buchy à Clères, rencontra vers trois heures les mobiles qui occupaient Bosc-le-Hard; elle prit immédiatement position à l'est de ce bourg, sa gauche occupant le

hameau de la rue Vilaine, sa droite s'étendant jusqu'au passage à niveau d'Augeville, son artillerie au centre et à une centaine de mètres en avant du chemin qui relie ces deux points. Pendant que le major d'Elern prenait ces dispositions, un train venant de Rouen s'arrêtait à la gare de Bosc-le-Hard , et nos soldats crurent un instant à l'arrivée d'un renfort, mais ce n'était qu'un convoi de vivres envoyé trop tard au commandant Mouchez; l'intendant Gueswiller et le nombreux personnel qui l'accompagnait n'eurent que le temps de rétrograder au bruit du canon et de la fusillade, car le combat commençait.

Quelques cavaliers, étant venus s'éclairer de trop près, furent vivement poursuivis par nos mobiles, qui se trouvèrent bientôt en présence des tirailleurs ennemis; la fusillade éclata aussitôt et l'action s'engagea de toutes parts. Autrefois nous enlevions les villages à la baïonnette , aujourd'hui les Prussiens les allument à coups de canon, et leur infanterie n'entre en ligne que quand l'artillerie lui a frayé le chemin : man filhrt nicht Infanterie zum Angrijfy hevor Artillerie gehôrig vorgearbeitet liât '. Fidèle à cette tactique, le major d'Elern ouvrit une vive canonnade qu'il concentra sur l'emplacement présumé de nos réserves, la gare, et surtout le cimetière, qui fut labouré par les obus. Par bonheur le tir était trop tendu, et la plupart des projectiles passaient audessus de nos têtes : nos tirailleurs, bien abrités, eurent peu à en souffrir, et le reste du bataillon, déployé derrière les fossés des fermes, put soutenir pendant plus d'une heure cette lutte inégale. A l'approche de

' V. IJnrbstaedt. Militair-Literatur-Zeitung. Berlin.

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