CHAPITRE XELIIEME
n'ayant pas mangé de la journée, se précipitèrent dans la ville pour y chercher des vivres et une nuit de repos à l'abri de la gelée.
Tels sont les événements qui eurent lieu autour de Rouen dans la journée du 4 décembre, événements isolés et décousus que nous avons exposés chronologiquement, vu l'impossibilité où nous étions de présenter en ordre des engagements auxquels le désordre seul semble avoir présidé. C'est sans doute pour des raisons analogues, et par suite de l'absence de relations officielles que le délégué de la guerre, M. de Freycinet, qui était cependant en situation d'être mieux renseigné que personne, a fait de cette journée un récit qui semble calqué sur celui d'un reporter anglais. D'après lui, le corps de Buchy aurait compris 2,000 marins; Il vérité est qu'il n'y en avait que deux en tout, le capitaine de vaisseau Alouchez, et le lieutenant de vaisseau Boistel , son aide de camp. S'il y avait eu là 2,000 marins, ils auraient certainement fait ce qu'ont fait à Dreux ceux du général du Temple, et, s'ils n'avaient pu arrêter l'ennemi, ils auraient du moins sauvé l'honneur de la journée.
Dans la soirée du 4 décembre, la situation militaire était donc la suivante : Les troupes de l'Andelle avaient été rappelées à Rouen; les gardes nationaux mobilisés et sédentaires s'étaient disséminés dans la ville et les environs; le colonel de Beaumont, avec son régiment et les bataillons de mobiles qu'il avait eus précédemment sous ses ordres, était au Houlme et à Pissy-Poville, sur la route du Havre; enfin, à l'extrême gauche, les mobiles du 2" bataillon de la Seine-Inférieure occupaient Malaunay. Du côté des Allemands, le général de Alanteuffel se trouvait, avec
la réserve, à Argueil, où il s'était établi; le général de Goeben, avec le VIIl" corps, occupait Buchy, s'étendant, par sa droite, jusqu'au chemin de fer de Dieppe , et poussant son avant-garde sur la route de Rouen, jusqu'à Saint-André; le général de lîentheim, qui, à la tète du I" corps, avait reçu l'ordre de s'avancer jusqu'à la Haye, s'était arrêté à la Feuillie; le comte de Lippe, après l'escarmouche de Saint-Jeande-Frenclle, s'était retiré au Thil, se disposant à marcher le lendemain sur Lilly, afin de se relier plus étroitement avec le général de Alanteuffel.
En résumé, si de notre côté la direction militaire avait fait complètement défaut dans la journée du 4 décembre, il est heureux que chez nos adversaires tout n'ait pas été conduit avec la précision habituelle à l'armée prussienne. Le général de Goeben n'utilisa pas, pour la poursuite de nos troupes de Buchy , sa brigade de cavalerie, encore renforcée par celle des dragons de la garde, qui avait là une belle occasion de prendre sa revanche de Mars-la-Tour ; en outre, les communications ne paraissent pas avoir été bien établies entre le VHP corps et le P", qui lui-même n'était pas relié avec le détachement saxon. Il y avait eu, dans cette journée, des escarmouches aux environs d'Ecouis, de Lyons-la-Forêt et de Vascœuil, des combats d'avant-garde à Forgettes, Rocquemont et Bosc-le-Hard, et le décousu même de ces engagements put donner le diange à l'ennemi. D'après l'étendue de la ligne occupée par nos troupes, le général de Manteuffel crut avoir affaire à des forces égales, sinon supérieures aux siennes; il ne s'avança donc qu'avec une excessive prudence, bien convaincu qu'il allait «ivoir à livrer prochainement une bataille sérieuse.