CHAPITRE DIXIEME
capitaine de vaisseau Mouchez. D'après ce projet , les retranchements devaient former une enceinte continue : elle s'appuyait sur la rive droite de la Seine, au lieu dit le Tourniquet, passait en avant du Mesnil-Esnard , à la ferme Laïande et à la Tablede-Pierre, coupait la route de Gournay en arrière de Saint-Jacques-sur-Darnétal et, suivant cette route jusqu'au territoire de Roncherolles, couronnait la crête extérieure des ravins en arrière de ce village , jusqu'au lieu dit la Rohinelte; puis, longeant la crête du ravin qui, de Saint-Martin-du-Vivier remonte vers la route de Neufchâtel, elle coupait cette route au delà de Bois-Guillaume, traversait la Forêt- Verte pour gagner Houppeville , au lieu dit Voix- Maline, atteignait Malaunay près du cimetière, franchissait en deçà de cette dernière ville la route de Dieppe et occupait le mamelon de Happetout; enfin, après avoir traversé le village de Saint-Jean-du-Cardonnay et la route du Havre, elle suivait intérieurement la crête du ravin qui débouche par la Fontaine sur la vallée de la Seine. Sur la rive gauche du fleuve, une coupure faite dans la presqu'île du Rouvray traversait la route de Caen en avant de Grand-Couronne, celle d'Elbeuf dans la forêt de la Londe, et allait aboutir entre Oissel et Orival. Ce projet comportait en outre l'exécution de dix-huit lunettes.
Le principal défaut de ce système était son énorme développement de plus de quarante kilomètres. Pour occuper ce vaste camp retranché et fournir des garnisons à tous les ouvrages, il aurait fallu des effectifs considérables, plusieurs fois supérieurs à ceux du corps d'armée de l'Andelle. Cependant, en présence de la gravité des circonstances, le comman-
danl Mouchez avait dû accepter tel quel ce projet patronné par le comité militaire. Il se rendit au sein du conseil municipal de Rouen, qui, sur la motion d'un de ses membres, M. Raoul Duval, lui ouvrit un crédit illimité ; mais il y avait une chose plus précieuse encore que l'argent, et dont, par malheur, on ne pouvait plus disposer, c'était le temps indispensable pour l'exéculion de cette ligne de défense. Néanmoins on se mit à l'œuvre sans retard; commencés le 22 novembre, les travaux furent poussés avec la plus grande activité jusqu'au 4 décembre. A cette date, quelques ouvrages, tels que ceux d'Isneauville, de la Table-de-Pierre, de la ferme Lalande, du Mesnil-Esnard et du Tourniquet, étaient très-avancés; mais on n'avait terminé que la moitié à peine des travaux de l'enceinte. Quant à l'armement, il devait se composer de quarante-six pièces de marine de gros calibre; la lunette d'Isneauville en comptait huit à elle seule ; mais, dans le nombre total de ces pièces, deux seulement se trouvaient en position et montées sur leurs affûts. Le débarquement et le transport de ces canons et de leurs munitions avaient été confiés à l'équipage de la flottille de la basse Seine, qui avait remonté le fleuve jusqu'à Rouen. Cette flottille, composée d'une batterie flottante, la Prolectrice , et de trois canonnières, l'Oriflamme, l'Étendard et la Mitrailleuse , était sous les ordres directs du commandant Mouchez. En partant pour le pays de Bray, il avait laissé le commandement au capitaine de frégate Vallon; dès que cet officier supérieur eut connaissance de la déroute de Buchy, il s'empressa de faire cnclouer et jeter à la Seine un certain nombre de canons. Cette mesure précipitée.