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bientôt connue de la population et des troupes, produisit un effet regrettable, car elle fit prématurément courir le bruit que la défense de Rouen était abandonnée. Rien n'était moins fondé cependant, car jusque-là les autorités militaires et civiles étaient d'accord pour une lutte à outrance.
Dans la journée du 4 , le général Briand , qui avait à concilier les intérêts d'une grande ville avec ceux de son armée, s'était rendu au sein du conseil municipal pour exposer la situation. Essayer de défendre Rouen à ses portes, avec les ressources restreintes dont il disposait, c'était s'exposer à le faire bombarder après une courte résistance; avant de risquer une pareille entreprise , il désira connaître les intentions de la municipalité. Le conseil déclara « s'en remettre 55 au général, parce qu'en défendant son honneur « militaire, il défendrait en même temps celui de la 5) ville '. » L'honneur militaire est une chose à laquelle on ne fait pas inutilement appel chez un soldat;, aussi le général déclara-t-il en se retirant, qu'il allait s'établir sur la ligne de défense après avoir donné des ordres à ses officiers. C'est à l'issue de cette séance qu'il apprit la déroute de Buchy; il se rendit aussitôt à Isneauville pour essayer d'arrêter les fuyards ; mais, comme on le sait, tous ses efforts furent inutiles. Pour rallier ces hommes, en grande partie débandés, pour réunir les gardes nationaux qui avaient été renvoyés dans leurs foyers, enfin pour appeler aux armes toute la population valide, le général Briand avait demandé" que le tocsin fût sonné et la générale battue à quatre heures du matin. Dans la soirée, il réunit les prin-
• V. Compte rendu analyt^ des séances du conseil municipal. Rouen,
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cipaux chefs de corps et de service, et, malgré les résistances ou les réticences de quelques-uns, malgré les considérations et les objections émises dans un sens contraire, il maintint sa décision et déclara que la défense aurait lieu. Avant de congédier les officiers, il assigna à chacun d'eux son poste de combat et les emplacements respectifs où les diverses troupes devaient être établies le lendemain à cinq heures du matin.
La nuit se passa sans autre incident remarquable que l'annonce de l'arrivée de l'ennemi à Elbeuf. Malgré l'invraisemblance de cette nouvelle, le maire, le préfet et le général en furent prévenus, vers deux heures du matin; mais à la lecture du télégramme, on s'aperçut que le chef d'état-major des gardes nationales avait confondu Elbeuf-sur-Andelle avec Elbeuf- sur- Seine. Cet étrange quiproquo éclairci, le général Briand maintint les ordres donnés la veille; à quatre heures du matin, il annonça au maire et au préfet qu'il allait partir pour les lignes de défense; mais, une heure plus tard, il se rendit à l'hôtel de ville et déclara qu'il venait de donner à ses troupes l'ordre de battre en retraite. Que s'était-il donc passé dans son esprit de quatre à cinq heures du matin, et pourquoi ce changement subit dans ses résolutions?
Le général avait compris que pour tenter, dans des conditions aussi désespérées et en dépit de toutes les considérations militaires, la défense immédiate d'une ville ouverte de plus de cent mille habitants, il fallait non-seulement être suivi par la population, mais être en quelque sorte poussé par elle; c'est pourquoi il avait réclamé l'appel aux armes au son des cloches et des tambours. Or, le tocsin qu'on avait sonné dans