CHAPITRE DIXIKAIE
la nuit pour un incendie ne se fit pas entendre pour la défense , au moment de tenter un suprême effort ; quant à la générale, elle ne fut pas battue dans plusieurs circonscriptions, notamment dans celle delà préfecture, où était établi l'état-major des gardes nationales et oii le général Briand s'était rendu en personne. Rouen dormait profondément. Dès lors, ne trouvant ni l'animation ni l'enthousiasme qu'il espérait, enthousiasme que les événements de la veille n'étaient malheureusement pas de nature à exciter, le général Briand s'était considéré comme dégagé de sa parole et avait donné le signal de la retraite. En réalité, il n'avait abandonné qu'au dernier moment sa détermination de lutte à outrance. Le commandant Mouchez se rendait à son poste de combat, le chef d'escadron Sauvé, à la tête de ses batteries, était déjà parti pour les positions désignées la veille, lorsqu'ils reçurent, comme les autres chefs de corps, l'ordre de battre en retraite. Ce mouvement commença vers six heures. Une partie des troupes avaient déjà traversé la Seine et étaient engagées sur la route de Caen, lorsqu'une députation de la municipalité se rendit près du général pour essayer de le faire revenir sur sa détermination; mais il y persista, en assumant d'ailleurs la responsabilité de ses actes.
Pour dégager la sienne, le corps municipal, d'accord avec le préfet, crut devoir adresser aux habitants une proclamation qui ne tarda pas à être connue de l'ennemi ^ et qui occasionna plus tard entre nos autorités civiles et nos autorités militaires une polémique aussi vive que regrettable. Ceux qui ont
1 V. Wartensleben. Die Operationen der I. Année. Berlia.
servi sous les ordres du général Briaiid n'ont jamais douté de sa bravoure ni de sa loyauté; la municipalité de Rouen, de son côté, a fait preuve de beaucoup de courage civique et de dignité en face de l'invasion allemande, et la garde nationale de cette ville a montré, dans les marches et contre-marches qu'on lui fit exécuter, une résolution et un entrain dignes d'un meilleur emploi. On peut donc, sans risquer de blesser ni les uns ni les autres, résumer d'un mot la question. L'idée d'une bataille aux portes de Rouen était une conception plus que désespérée; c'était la perte de la bataille d'abord, puis celle de l'armée, et enfin celle d'une grande et importante cité. Le général Briand a bien fait d'abandonner, même au dernier moment, un pareil projet, parce qu'il était contraire aux considérations militaires les plus simples.
A dire vrai , il est probable qu'on aurait pu tenir, pendant la journée du 5, dans les positions qu'on était convenu d'appeler les lignes de défense. Comme la veille, on n'aurait eu affaire qu'au corps du général de Goeben, qui devait opérer une forte reconnaissance contre Rouen et envoyer un détachement à Malaunay, afin de couper à nos troupes la route du Havre. Mais, pour la journée du G, le général de Manteuffel avait ordonné un choc général contre la ligne de la Seine, et le résultat était facile à prévoir : au bout de peu de temps, le combat engagé sur les lignes de défense se serait rapproché des portes de Rouen, et on peut se figurer l'effet produit par cent soixante-dix-neuf pièces de canon braquées sur les hauteurs qui dominent cette ville. C'eût été sa destruction complète et la ruine des habitants. Quant