‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 126 sur 207 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

général de Goeben s'était porté à la tête de la 16* division jusque sur les hauteurs de Saint-André-sur- Cailly, tandis que la 29" brigade se disposait à l'appuyer à Saint-Germain , et qu'un détachement de flanqueursse dirigeait sur Malaunay. Après avoir pris ces dispositions, il s'avança en personne à la tête d'une forte reconnaissance jusqu'à Quincampoix, où il apprit, vers onze heures du matin, la retraite du général Briand. Il continua sa marche sur Isneauville, dont il trouva les retranchements abandonnés, et de là il poussa son avant-garde jusque dans les rues de Rouen. Vers deux heures et demie, le major Sachs, du 70" régiment, escorté d'un piquet d'infanterie, se présenta au sein du conseil municipal assemblé, et lui annonça qu'il venait prendre possession de la ville au nom du général de Manteuffel. « Vous êtes » ici par la force, lui répondit le maire, M. Nétien, 3> les troupes françaises nous ont quitté ce matin, et » nous sommes ainsi contraints de subir vos ordres, n Le major Sachs ayant, selon l'habitude allemande, déclaré la municipalité responsable de tout acte d'agression contre son détachement, le maire lui montra de la main les traces de la fusillade qui venait d'avoir lieu. « Ah ! s'écria l'officier ennemi , vous « avez à la fois la révolution et l'occupation étran- » gère. C'est trop ' ! »

Peu de temps après, le général de Goeben à son tour, fit son entrée dans l'antique capitale de la Normandie à la tête de deux brigades. Les affiches qui s'étalaient sur les murs : « Grande victoire à Paris; » général Ducrot occupe la Marne», et la procla-

* V. Raoul Duval : Comment Rouen n'a pas été défendu. Rouen.

mation des autorités civiles aux habitants, lui donnèrent l'explication des événements survenus dans les derniers jours, et du peu de résistance qu'il avait rencontré. A Rouen, comme à Amiens, le général de Goeben avait pris les devants. Le général de Manteuffel, resté à Argueil, ne paraît même pas avoir été tenu très-exactement au courant de la situation, car son avant-garde étant entrée à Rouen à deux heures de l'après-midi, le même soir, à sept heures, il dictait ses instructions en vue d'un engagement général, auquel il s'attendait pour le lendemain. Il espérait, au moyen d'un changement de front, la droite en avant, jeter dans la Seine, le 6 décembre, nos troupes, qu'il croyait encore sur l'Andelle, tandis qu'à cette date elles étaient en sûreté à Ronfleur. Le général en chef de la F^ armée allemande avait sans doute été trompé par les rapports effarés de la division de cavalerie saxonne qui était chargée d'éclairer son aile gauche, et qui, depuis Etrépagny, se figurait toujours avoir en face d'elle le général Rriand. Il y eut bien, dans la matinée du 5 décembre, quelques coups de feu échangés sans résultat, aux abords du bois de Mussegros et de la forêt de Lyons, avec des corps francs oubliés ou perdus et des gardes nationaux isolés, mais en réalité, dans toute la journée, les Prussiens n'essuyèrent aucune perte. Seul, le comte de Lippe eut quatre cavaliers hors de combat; ces cavaliers, appartenant au 2' dragons saxons, faisaient partie d'une patrouille dirigée sur Vernon; deux d'entre eux furent tués, et deux autres, parmi lesquels un officier, blessés dans la forêt, près du château de Saulseuse, par quatre ou cinq paysans, dont l'un paya de sa vie cet exploit.

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