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CHAPITRE DIXIEME

Lorsqu'il so mit en marche sur Rouen le 6 décembre, le général de Alanteulfel ne rencontra donc devant lui aucun obstacle, et ne trouva rien à jeter à la Seine que les lourds canons de marine abandonnés par nous en arrière des retranchements de la Tablede-Pierre, et qui, avec ceux d'Isneauville, formaient un total de trente pièces. Les Prussiens ne cachèrent pas leur dépit d'avoir ainsi laissé échapper, presque en totalité, notre armée de l'Andelle. Dans le récit qu'il a fait des opérations de la I" armée allemande, le colonel comte de Wartensleben reconnaît bien que la défense immédiate de Rouen n'était pas praticable; mais il regrette amèrement que le général Briand ait pu opérer sa retraite sans être inquiété, et il en conclut que « la marche la plus rapide ne 55 saurait atteindre un adversaire qui, au premier 55 choc des têtes de colonnes, se soustrait à l'action 55 décisive '. » Certes, la marche de la V armée allemande d'Amiens sur Rouen s'est effectuée, du 1" au 3 décembre, avec une célérité remarquable; il est naturel qu'elle se soit ralentie le 4, par suite des engagements qui ont eu lieu dans la journée; mais, à partir de ce moment, rien n'explique l'hésitation qui s'est produite chez nos ennemis. Le 4, à midi, le général de Alanteuûel était à Argueil, et il n'est entré à Rouen que plus de quarante-huit heures après, sans avoir rencontré d'obstacle sérieux, ni avoir subi d'autre perte que celle de deux dragons lithuaniens; en un mot, il mit deux jours pour faire une étape, tandis que nos troupes firent près de trois étapes dans la même journée. Heureusement pour nous, le géné-

1 V. Wartensleben : Die Operationen der I. Année. Berlin.

rai (le Aïanteufiel n'était pas relié avec le VHP corps sur sa droite, et il était mal éclairé sur sa gauche par le comte de Lippe; en outre, le 3 décembre, il se produisit, dans son entourage, un changement qui ne fut peut-être pas sans influence sur la marche des opérations. A cette date, le général de Sperling avait repris ses fonctions de chef d'état-major de la T" armée, ce qui permit sans doute au comte de Wartensleben de continuer plus à loisir ses études d'art et d'archéologie sur les châteaux « répandus à profusion •>■> dans la vallée de l'Andelle.

Ce fut seulement le 6 décembre, à une heure de l'après-midi, que le général de Manteulfel fit son entrée à Rouen. Son premier soin fut d'adresser une proclamation aux habitants pour leur faire connaître qu'il avait chargé des fonctions de préfet de la Seine- Inférieure le capitaine Cramer, auditeur au I" corps, lequel fut plus tard remplacé par un ci-devant capitaine de cercle, le baron de Pfuel; car la Normandie ne devait pas échapper à cette nuée de fonctionnaires que les armées ennemies traînaient à leur suite. Ce préfet allemand avait pour mission de tâcher de s'assurer le concours de ceux de nos employés qui voudraient rester à leur poste, de s'occuper des réquisitions et de fonder un organe officiel de la presse. Le commandement de la place, exercé dans les premiers jours par le major Sachs, fut ensuite confié au colonel Jungé, de l'artillerie du I" corps.

La nouvelle de l'occupation de Rouen fut connue à Versailles le 6 décembre, et le grand quartier prussien ordonna immédiatement la poursuite de nos troupes dans la direction du Havre. Le général de Manteuffel donna ses instructions à cet effet le

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