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CHAPITRE DIXIEME

l'Eure, menacées d'être prises à revers, étaient forcées de se replier, tous les passages sur la Seine, sauf ceux de Courcelles et des Andelys, ayant été laissés intacts aux mains de l'ennemi. Aussi, dès qu'il connut la retraite du général Briand, le capitaine de frégate Gaude, qui avait pris depuis quelques jours le commandement de la subdivision de l'Eure, s'empressa de replier son corps 4'obseruation derrière la Rille. Il se dirigea d'abord sur Serquigny, afin de protéger ce point stratégique, qui est situé dans une vallée boisée, et qu'on avait essayé de couvrir au moyen de quelques travaux de défense; mais, dans les journées des 7, 8 et 9 décembre, l'abandon de la ligne de la Rille pour celle de la Touques fut décidée à plusieurs reprises; les mobiles de l'Ardèche furent envoyés à Pont-l'Evêque, et les troupes de Concbes et d'Evreux dirigées sur Lisieux, à l'exception des deux bataillons de mobilisés de la Seine-Inférieure, qui retournèrent dans leur département.

Les événements de Rouen eurent donc pour conséquence l'abandon presque complet des départements de la Seine-Inférieure et de l'Eure, que l'ennemi pouvait désormais occuper sans coup férir, ce qui ne serait pas arrivé si l'armée de Rouen , réunie aux troupes de l'Eure, avait pris position sur la ligne de Pont-de-l'Arche à la Bouille.

Nous allons suivre maintenant, en commençant par notre droite, c'est-à-dire par la rive gauche de la Seine, la marche de chacun des détachements envoyés par l'ennemi pour disperser nos troupes, désarmer le pays, et occuper les villes les plus importantes. Tandis que le général de Aïanteuffel

faisait son entrée à Rouen, le 6 décembre, à la tête (l'une brigade de son aile gauche, sa réserve se porlait d'Argueil sur Epreville, et le gros du 1" corps restait échelonné entre Rouen et Fleury-sur-Andelle. Ce dernier point fut occupé par l'état-niajor et une fraction de la 2" division d'infanterie. On sait que le premier soin des Prussiens en entrant dans une ville est de se procurer des journaux. A peine arrivé à Fleury, le capitaine de Jarotzki, aide de camp du général-major de Prilzelwitz, n'oublia pas cette précaution. 11 connut par une feuille de Rouen la part prise au combat d'Etrépagny par M. Lecoulurier, le volontaire qui, on se le rappelle, avait servi de guide au général Briand. Les Prussiens allaient lui faire expier chèrement sa belle conduite. Dans la matinée du 7 décembre, ils se firent indiquer sa maison et commandèrent un piquet du V bataillon de chasseurs pour la mettre à sac. Le chef de ce peloton d'exécution crut devoir haranguer ses soldats du haut du perron pour les exhorter au pillage ; ses recommandations ne furent que trop bien suivies; la consigne fut impitoyablement exécutée, et l'incendie dévora ce qu'avaient épargné le vol et la dévastation. Cet acte de vandalisme était d'autant moins excusable de la part des Prussiens, qu'ils affectaient de désapprouver les représailles exercées par leurs alliés ; or ils accomplirent de sang-froid à Fleury-sur- Andelle ce que les Saxons n'avaient peut-être commis à Etrépagny que sous l'empire de la colère.

A la suite de cet exploit, le général de Pritzelvvitz, à la tète d'une brigade forte de six bataillons, deux escadrons et deux batteries, partit de Fleury, passa la Seine le 8 décembre sur un pont de bateaux jeté

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