CHAPITRE ONZIEAIE
sa retraite dans les derniers jours de novembre, par suite d'un conflit qui s'était élevé entre lui et certain membres des comités locaux.
Le 18 octobre, le capitaine de vaisseau Mouchez, chef de la division navale de la basse Seine, ayant été appelé au commandement de la place du Havre, prit la direction supérieure et donna une nouvelle impulsion aux travaux qui avaient été commencés par les mobiles et les gardes nationaux. Tous les équipages disponibles de la flottille, formant un effectif d'environ cinq cents hommes, furent envoyés chaque jour à la tranchée, de l'aube à la nuit, sous la surveillance de leurs officiers, et ce sont eux qui construisirent et armèrent les ouvrages les plus sérieux. En voyant à l'œuvre ces intrépides travailleurs, les habitants du Havre se sentirent rassurés; ils savaient que ces énergiques marins, habitués à braver le danger et dont la vie est comme un constant mépris de la mort, auraient défendu jusqu'au dernier les retranchements élevés de leurs mains. Grâce à la présence de ces équipages, chez lesquels la discipline était restée si forte, et qui formaient le nerf de la défense; grâce à une nombreuse garnison qui aurait peut-être faibli en rase campagne, mais qui, derrière des retranchements, aurait suivi l'exemple des marins, le Havre se trouvait, dans les premiers jours de décembre et au moment de l'évacuation de Rouen, à l'abri d'une surprise et d'un coup de main.
A cette date, les défenses de la place se composaient des forts de Sainte-Adresse et de Tourneville, de celui de Frileuse, qui avait été entrepris à la fin de septembre; des redoutes et lunettes de la Lézarde, de Cancriauville, des Acacias, de Sanvic et des
276 LA GLEIUU': DAXS L'OLEST.
Phares. Des formes , des bâtiments et des murs d'enceinte organisés délensivement, des retranchements en terre précédés de fossés, reliaient entre eux les différents ouvrages. La ligne de défense était flanquée à droite par la flottille, dont chaque bâtiment avait un poste de combat désigné, les batteries flottantes et les canonnières mouillées à la pointe du Hoc et dans l'embouchure de la Lézarde, les compagnies de débarquement à terre, la moitié des équipages restant à bord pour servir les pièces. Elle était couverte de ce coté par des marais devenus impraticables en cette saison, par les barricades d'Harfleur, parla coupure du chemin de fer et par l'inondation de la Lézarde (endue jusqu'au hameau de la Demi-Lieue; au centre, j)ar un vaste abatis comprenant toute la partie de la forêt de Montgeon, qui est située au sud de la route de Rouelles; enfin, à gauche, elle allait s'appuyer vers les Phares à la falaise et aux escarpements de la Hève. L'armement comprenait 137 pièces ainsi réparties : 26 au fort de Sainte-Adresse , 32 à celui de ïourneville, 25 à celui de Frileuse, 22 sur le plateau de Cancriauville, G sur la Lézarde, 5 au-dessous des Acacias, 9 en avant de Sanvic et 10 sur le plateau des Phares. Avec ces retranchements et un nombre de défenseurs que nous ferons connaître plus tard en détail et qui dépassait 30,000 hommes, le Havre était en mesure de résister à une attaque de vive force et de défier les entreprises (|ue nous allons voir bientôt se produire.
On sait que le général de Gocbcn, commandant l'aile droite de la P" armée prussienne, avait reçu, dès le 3 décembre, l'ordre de détruire les chemins de fer et les télégraphes'^quijnctlaient Rouen en communi-
CHAPITRK OXZIEAIE. 277
cation avec Dieppe elle Havre; pour l'aider dans l'accomplissement de cette tache, le général de Alanleuffel auait mis à sa disposition, dans la matinée du 4, la brigade des dragons de la garde. Dès son entrée à Rouen, le général de Goeben avait lancé une patrouille de cavalerie sur la rive droite de la Seine, dans la direction du Trait; le 6, un escadron de dragons de la garde, parti de Maromme, traversa Barentin et s'avança jusqu'à Yvetot, coupant partout sur son passage les fils télégraphiques et la voie ferrée. Le 7, Barentin et Pavilly furent occupés par la brigade des dragons de la garde, appuyée par deux bataillons et une batterie de la 16^ division, ce qui portait la force du détachement à environ trois mille hommes et douze pièces de campagne. Le 8, ce détachement marcha sur Yvetot sous les ordres du comte de Brandebourg, qui atteignit le lendemain Bolbec, où il établit son quartier général. Le même jour, ses patrouilles s'avancèrent par la route de Saint-Romain jusqu'aux environs de Gainneville, d'Harfleur et de Alontivilliers ; les dragons de la garde trouvèrent la route barricadée à Gainneville, les passages de la Lézarde rompus ou obstrués, les fermes et les petits bois qui s'étendent entre Harfleur et Alontivilliers occupés par les nôtres ; ils apprirent que la population du Havre était résolue à se défendre, et ils rapportèrent sur la force de la garnison des données variant de vingt-cinq à cinquante mille hommes. Tandis que les éclaireurs ennemis faisaient ainsi leur première apparition aux portes du Havre, nos troupes avancées recevaient l'ordre de se replier sur celte ville où elles devaient être embarquées sans retard. Une dépêche télégraphique du ministre de la
guerre, parvenue dans la matinée du 9, enjoignait au général Briand de partir pour Cherbourg avec une division; les brigades qui devaient la former avaient été aussitôt désignées : la l""*, placée sous les ordres du colonel Laperrine, se composait de cinq bataillons de mobilisés de la légion de Rouen et du 2* bataillon de marche; la 2% sous le commandement du capitaine de frégate Olry, devait comprendre le 5* bataillon de marche et cinq bataillons de mobiles. La même dépêche qui appelait le général Briand à Cherbourg, où il devait concourir à la formation du 19' corps, chargeait de nouveau le capitaine de vaisseau Mouchez du commandement delà place du Havre, auquel on avait rattaché celui de la 2^ division militaire. Dès que la nouvelle de cet ordre de départ fut connue dans la ville, elle y excita une vive émotion. Les autorités civiles et des délégués de la municipalité se rendirent près du général Briand et protestèrent énergiquement contre une mesure qui enlevait à la place ses défenseurs, au moment même où l'ennemi se montrait devant ses remparts. On vit alors se renouveler au Havre ce qui s'était passé à Rouen à l'approche du général de Manteuffel ; des dépêches exposant la situation militaire et les nécessités de la défense furent envoyées à Tours, et après un échange d'observations, le général Briand dut laisser au Havre toutes ses troupes, sauf celles qui se trouvaient déjà embarquées. Quant à lui, il se rendit à minuit à bord de Y Hermionc, qui leva l'ancre le lendemain matin et mit le cap sur Cherbourg.
Après ce départ, les forces dont le commandant Mouchez disposait pour la défense du Havre, comprenaient : deux bataillons de marche et un régi-