CHAPITRE ONZIEME
était encore à Paiilly, et c'est seulement deux jours plus tard que le général de Goeben marcha sur Yvetot. Si, lorsqu'il se mit en campagne, le général Faidherbe prévoyait cette pointe, que toute la presse allemande qualifia plus tard « d'imprudente » , il était certes mieux inspiré que le délégué de notre ministre de la guerre qui, comme on l'a vu, avait juste choisi ce moment pour enlever au Havre la majeure partie de ses troupes. Il reste à savoir si le général Faidherhe a contribué à la délivrance de cette place; c'est ce que nie complètement son adversaire , qui , lui aussi, a publié, dans la Revue militaire de Darmstadt, un récit pour servir à l'histoire de la campagne dans le nord-ouest de la France '.
Xous allons traduire un passage de ce récit qui renferme pour nous , en même temps que des explications, des leçons qui peuvent paraître sévères, mais qui ne sont pas tout à fait imméritées :
« Xous apprenons par l'ouvrage du général Faid- » herbe, que le but de ces opérations était de sauver » le Havre menacé, et le général exprime à plusieurs 35 reprises sa satisfaction d'avoir réussi à préserver « de l'invasion le second port de commerce de France. " J'ai le regret d'être contraint de détruire cette » illusion.
3) Nous étions dans une ignorance complète de ce » qui se passait au Havre. Les innombrables espions 33 qui, au dire des Français, nous ont rendu de si 33 merveilleux services dans le reste de la France, 33 nous faisaient entièrement défaut dans le Nord ; ils
* X'.Goehen : Zur Gesckic/Ue d. Feldz. im n.-ic. Franckr. Darmstadt. Ou : Forthe Histonj ofthe campaUju iiithen.-w. of France London.
5) nous étaient d'ailleurs inutiles. Nos fidèles alliés ne » nous laissaient jamais dans l'embarras. Les corresj) pondants des journaux anglais que l'on recevait » dans ce but au quartier général, nous renseignaient » avec soin sur les armements et les organisations » en grand; les innombrables feuilles locales divuln guaient librement les détails de chaque jour; les n chels des troupes françaises, avec une incompré- » hensible incurie, ne gênaient en rien les habitants n dans leurs mouvements d'affaires ; et ceux-ci, ques- » tionnés par nos patrouilles, racontaient avec la M loquacité française , jusque dans les moindres dé- » tails, tout ce qu'ils avaient vu. Comme en même 3> temps notre cavalerie légère battait au loin le pays 3' avec une activité et une hardiesse admirables, . 3) qu'elle combinait ses observations avec prudence » et perspicacité , nous ne manquions jamais de nou- 35 velles certaines. En ce qui concerne le Havre , il 33 n'y eut bientôt plus aucun doute possible; il nous 33 arrivait de là, par centaines, des voyageurs, des 33 paysannes et même des soldats réformés et congé- 33 diés. La ville était occupée par des forces très-con- 33 sidérables et protégée du côté de terre par de 33 solides fortifications, en partie permanentes, en 33 partie récemment élevées ; plusieurs bâtiments de 33 guerre étaient mouillés dans le port. C'est pourquoi »3 le général de Goeben prit, dès le 11, à lîolbec , la 33 résolution de poursuivre sans retard sa marche » sur la Somme.
33 Le Havre n'a donc jamais couru aucun risque et 33 par conséquent n'a point été sauvé par le général 33 Faidherbe : So war also le Havre nie rjefahî^del und 33 wurde auch nicht von General Faidherlie rjereltet. »