‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 142 sur 207 · CHAPITRE DOrZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOrZIEME

On sait qu'à la suite de l'évacuation d'Evreux, notre corps d'observation de la rive gauche de la Seine, commandé depuis les premiers jours de décembre par le capitaine de frégate Gaude, s'était replié en arrière de la Rille. Le 10 décembre, le général de brigade de Lauriston, commandant supérieur des départements du Calvados et de l'Eure, envoya les mobiles de l'Ardèche et plusieurs légions de mobilisés du Calvados à Pont-l'Evêque, afin de mettre cette ville à l'abri d'une surprise. Alais la brigade de Bock, qui s'était avancée le 9 jusqu'à Pont-Audemer et Toutainville, en était, comme on l'a vu, partie le lendemain pour rejoindre le corps du général de Goeben. A la même date, un nouveau changement, le septième depuis le mois d'octobre, eut encore lieu dans le commandement de la subdivision de l'Eure : le commandant Gaude lut remplacé par le capitaine de vaisseau de Guilhermy, major de la marine à Brest, qui fixa son quartier à la gare de Serquigny, et ^'adjoignit, en qualité de chef d'état-major, le lieutenant-colonel Power, de la garde mobile de l'Eure. Le bataillon de la Loire-Inférieure était alors établi sur les hauteurs de la Rille, à Tilleul-Othon et Goupillières, et couvrait ainsi l'embranchement de Serquigny. Les francs-tireurs de Seine-et-Oise surveillaient notre gauche à Brionne ; les francs-tireurs de Breteuil et une compagnie de la Loire-Liférieure reçurent l'ordre d'aller occuper Beaumont-le-Roger, afin d'éclairer notre droite.

Le 11 décembre, le colonel de Légat, à la tête de son détachement, apparut aux environs de cette dernière ville, qui avait déjà été visitée la veille par quelques dragons. Au moment où sa pointe d'avant-garde

venait de pénétrer dans Beaumont et s'y faisait délivrer des billets de lo|jement, elle y lut attaquée par des francs-tireurs de lireteuil (capitaine Glaçon). Les nôtres s'étant repliés à la suite de cette attaque en emmenant trois prisonniers et leurs chevaux, le colonel de Légat fit peu de temps après son entrée dans la ville à la tète de son détachement, et son premier soin fut de détruire le chemin de fer et de reconnaître nos avant-postes. Un escadron de dragons s'étant avancé jusqu'à Tilleul-Olhon, y fut reçu à coups de fusil par les mobiles du 6' bataillon de la Loire-Inférieure (commandant Manet), et un engagement s'ensuivit à l'ouest de ce village, aux abords du hameau de Fréville. Les dragons, ayant tenté de s'échapper dans la direction de Goupillières, eurent à essuyer également de ce côté une fusillade non moins vive, en sorte que , dans l'espace d'une demi-heure , l'escadron fut complètement dispersé et forcé de s'enfuir en désordre vers Beaumont. Dans ces diverses escarmouches, les dragons lithuaniens du 1" régiment eurent trois hommes tués, cinq blessés, dont un officier, et neuf prisonniers, sans compter un assez grand nombre de chevaux tués ou capturés.

Les travaux entrepris au début de la campagne pour couvrir Serquigny étaient restés inachevés; la situation de ce village au fond d'une vallée en rendait la défense difficile, et ce point avait d'ailleurs perdu toute importance stratégique depuis la prise de Rouen. Le commandant de Guilhermy, après s'être concerté avec le général de Lauriston, résolut donc de concentrer ses troupes à Bernay, en occupant une série de positions défensives en avant de cette ville, sur les hauteurs qui dominent la rive gauche de la

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