‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 15 sur 207 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Le 27 septembre, dès six heures du matin, les gardes nationaux d'Angy , de Alouy et de Cauvigny, auxquels s'étaient joints des habitants des communes voisines énergiquement résolus à défendre leurs foyers, se portaient dans la direction de Liancourt. Arrivés sur les hauteurs d'Ars, ces braves gens s'y arrêtèrent: ignorant le départ des mobiles de la Marne et n'ayant reçu aucun ordre, ils attendirent là les renforts qu'ils supposaient devoir arriver et la direction militaire dont ils avaient le plus grand besoin ; mais ils furent bientôt cruellement déçus dans leur attente, car au lieu du secours qu'ils espéraient, ils ne tardèrent pas à se trouver en présence des éclaireurs ennemis. IJien que sans appui, ces troupes improvisées engagèrent le feu avec le même entrain que la veille.

Le général Krug, de son côté, était parti de Creil avant le jour, à la tête d'une colonne composée du régiment de dragons de la garde saxonne, de deux escadrons du 18' uhlans, du bataillon de fusiliers de la garde prussienne et de quatre pièces d'artillerie, en tout près de 2,000 hommes. Il n'avait laissé à Creil que deux pièces et un escadron, qui avaient pris position au sud de la ville pour la tenir en respect et couvrir la retraite en cas d'insuccès. Pour cette expédition, le général saxon avait pris des dispositions savantes qui font surtout honneur à la poignée de braves gardes nationaux qu'il avait devant lui. Il avait réparti ses troupes en trois colonnes : sur la route de Clermont, se portaient un escadron de dragons et une compagnie d'infanterie ; dans le défilé à l'ouest de Nogent, marchaient les trois autres compagnies précédées d'un peloton de uhlans; enfin sur la route

de Montataire à Rousseloy, s'avançait le général Krug arec la colonne principale, composée de cinq escadrons et de quatre pièces. La réunion de ces deux dernières colonnes s'opéra bientôt en avant de Rousseloy, et alors l'artillerie prenant position sur les hauteurs situées entre Laigneville et Soutraine, dirigea son feu sur les bois d'Ars, où se trouvaient nos gardes nationaux, puis sur la Poste, sur Rantigny et sur Caulfry, afin de balayer la route de Clermont. Assaillis par une grêle d'obus auxquels leurs mauvais fusils ne leur permettent pas de répondre d'une manière efficace, nos gardes nationaux sont bientôt dispersés et forcés de gagner la plaine dans toutes les directions. C'est alors que l'infanterie prussienne, descendue des hauteurs, envahit le village de Rantigny et s'y livre à des actes odieux : des maisons sont incendiées à la main, et des habitants inoffensifs lardés à coups de baïonnette. Pendant ce temps, les cavaliers saxons s'avancent entre Ars et Cambronne pour fouiller le pays; plusieurs habitants d'Angy, qui, sans armes, font néanmoins résolument le service d'éclaireurs, sont assez heureux pour échapper à la mort, si toutefois c'est un bonheur que de survivre à un traitement dont les nègres seuls et les soldats allemands ne se trouvent pas déshonorés. Ils ne sont relâchés qu'après avoir reçu une ample volée de bois vert : mit einer derben Tracht Priigel entlassen '. Ces hauts faits accomplis, l'ennemi continue sa marche; deux escadrons et l'infanterie suivent la route de Clermont , le reste de la colonne se dirige sur Cambronne et Auvillers, pour gagner la route de Mouy.

• Dus k. s'fichs, fjarde-Reiter-liegiment im Feldzuge 1870-1871. Pirna.

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