‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 150 sur 207 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

Sur la foi de renseignements effarés qui ne furent pas contrôlés , le colonel de Beaumont se crut débordé sur sa gauche par des forces considérables, et il donna le signal de la retraite, qui s'opéra précipitamment et ne s'arrêta qu'aux lignes mêmes du Havre. Dans cette journée, on lit donc se renouveler une écbauffourée semblable à celle qui avait eu lieu le 4 décembre aux environs de Buchy, dans des circonstances analogues ; il y avait cependant cette différence que la première fois on était en présence de forces relativement considérables, tandis que la seconde on n'avait devant soi qu'un faible détachement.

A la suite de cette affaire, les Prussiens firent leur entrée dans Bolbec en poussant devant eux un certain nombre d'habitants qu'ils gardèrent momentanément comme otages. Après être restés là environ une heure et s'être assurés du départ de nos troupes, ils se retirèrent par Yvetot sur Pissy-Poville, en ayant soin de faire sauter derrière eux le viaduc de Bolleville, entre les gares de Xointot et d'Alviraare.

Pendant que le colonel de Beaumont se repliait sur Harfleur, le commandant Mouchez, ignorant ce qui se passait, partait du Havre par le chemin de fer avec du renfort; mais, arrivé aux environs de Bolbec, il n'y trouva plus que la 1"" compagnie de tirailleurs havrais, qui était restée là par mégarde, et dont la présence en ces lieux démontrait surabondamment l'inanité des motifs allégués pour la retraite. De retour au Havre, il s'empressa de diriger quatre bataillons sur la ligne de Beuzeville à Goderville, afin de détruire l'eflet produit par cette nouvelle panique. Les troupes rentrées dansla place rejoignirent successivement ce noyau après qu'elles eurent pris quelques

jours de repos; et, le 27 décembre, une colonne mobile, composée d'une douzaine de mille hommes appuyés par trois batteries organisées, occupa une ligne s'étendant de la Mare-Carel à Goderville en passant par Beuzeville , Houquetot et Bréaulé. Le lieutenant-colonel de Beaumont étant parti pour Cherbourg avec trois escadrons du 3' hussards, le commandant Mouchez prit lui-même à Bréauté la direction de cette colonne; il renouvela plus instamment encore à Bordeaux sa demande de cadres et celle d'un officier général; malheureusement, ces cadres, la délégation de province était dans l'impossibilité absolue de les fournir; quant aux généraux, il lui arriva plus d'une fois de profaner ce titre en le donnant à des personnages bien faits pour rappeler, dans des temps moins tristes, ceux de « la V Grande-Duchesse de Gérolstein. ^ La pénurie d'officiers était telle, qu'on distribuait des grades auxiliaires à tout venant, et qu'on vit couverts de galons des gens animés sans doute des meilleures intentions, mais ignorant Y A B C du métier. Le ministre de la guerre ne fut pas plus heureux lorsqu'il accabla d'un avancement anticipé certains officiers de l'armée régulière; il espérait sans doute que dans le nombre se révélerait peut-être un Meade ou un Shéridan; par malheur, son espoir ne devait pas se réaliser.

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