CHAPITRE TREIZIEME
de la foret, sous les ordres du lieutenant-colonel Thomas, comprenait les 1" et ^^ bataillons de l'Ardèche avec le 3" des Landes, plusieurs corps francs, quatre pièces de 4 de montagne et deux pièces Armstrong.
Enfin, les 1" et 2' bataillons de la mobile de l'Eure; le l^"" bataillon des Landes, de nouvelle formation; le G*" bataillon de la Loire-Inférieure, avec la batterie du Calvados, se trouvaient soit en réserve, soit détachés pour couvrir la droite de la ligne, et restaient sous le commandement direct du général Roy.
Les mobilisés du Calvados ayant reçu du général de Lauriston l'ordre d'occuper les positions que les troupes de l'Eure venaient de quitter sur la Rille, le général Roy détacha le 1" bataillon des Landes vers Elbeuf et Amfreville, et le 6' de la Loire-Inférieure, au Neubourg, afin de couvrir son flanc droit. Après avoir pris ces dispositions, il résolut d'accentuer son mouvement en avant, de façon à occuper la ligne qui s'étend d'Elbeuf à la Bouille, à fermer complètement la presqu'île du Rouvray, et à empêcher ainsi l'ennemi de faire des incursions sur la rive gauche de la Seine.
Pour l'intelligence des opérations qui vont suivre, il nous paraît nécessaire de jeter un coup d'œil rapide sur la configuration du terrain. En amont et en aval de Rouen, la Seine décrit dans son cours plusieurs inflexions brusques, semblables à celles qu'elle forme à Gennevilliers et à Argenteuil, après avoir traversé Paris. Serpentant d'Elbeuf à Rouen, puis se repliant sur elle-même vers la Bouille pour se redresser jusqu'à Duclair, elle redescend ensuite vers Yville et continue plus loin ses sinuosités. L'ob-
soruatcur, parti de Rouen par la route d'Honfleur, voit à sa gauche une chaîne de hauteurs boisées qui s'étagcnt successivement pour devenir de plus en plus escarpées; il trouve à sa droite une plaine d'une largeur moyenne d'un kilomètre, s'étendant jusqu'à la Seine, coupée de ruisseaux, de fossés, de haies, et complètement impraticable. Au sortir de Grand- Couronne, la route se bifurque et jette un embranchement surElbeuf, puis serrant de plus près les collines, elle traverse le village de Moulineaux, et, à partir de ce point, elle s'élève sur les flancs des coteaux, entre des talus de déblai et de remblai; elle passe ensuite au pied d'un petit plateau sur lequel se trouvent les ruines de l'ancien manoir féodal des ducs de Normandie,, connu sous le nom de château de Robert le Diable. Ce plateau commande la route et, sur le revers opposé, il s'étend en pente plus douce jusqu'à un vallon étroit que suit la ligne du chemin de 1er de Rouen à Serquigny. Dans un petit col situé entre Château-Robert et un mamelon qui le domine à l'est, s'embranche la nouvelle route de la Rouille à Elbeuf. A environ quatre kilomètres à vol d'oiseau, dans la direction de Chàteau-Robert à Elbeuf, s'élève un autre plateau, celui d'Orival, ayant ses vues sur le débouche du vallon du chemin de fer ainsi que sur les routes qui vont de Grand-Couronne et d'Oissel à Elbeuf; la jonction de ces routes a lieu au pied même du plateau, dans un défilé très-resserré, formé d'un côté par la Seine, et de l'autre par des falaises presque à pic. Les positions de Château-Robert et d'Orival sont séparées par la foret de la Londe, et il n'existe aucun chemin praticable pour franchir le vallon qui les relie entre elles; elles forment donc, par rapport
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à la boucle de la Seine, comme les extrémités d'un immense fer à cheval ; c'était cet isthme étroit qu'il s'agissait d'occuper en force, afin de fermer complètement la presqu'île du Rouvray.
Dans la journée du 28 décembre, les abords de la foret de la Londe furent explorés par plusieurs compagnies de la mobile de l'Eure ; des éclaireurs de Normandie (capitaine Trémant) et des francs-tireurs de la V^ compagnie du Calvados échangèrent des coups de feu dans le voisinage d'Orival avec les avant- , postes du 1" régiment prussien , qui eut dans ces rencontres quatre ou cinq hommes tués ou faits prisonniers. Dans la soirée du 29, des ordres furent donnés pour l'occupation de Château-Robert et d'Orival, et le lendemain, le général Roy, accompagné du colonel Power, son chef d'état-major, alla s'installer à Bourgthéroulde pour surveiller de plus près l'exécution de ce mouvement.
Le colonel Thomas, avec les 1" et 2' bataillons de l'Ardèche et le 3^ des Landes, avait pour mission d'aqir dans la direction de Château-Robert et d'atta-
quer le carrefour de la Alaison-lîriilée, où l'on supposait l'ennemi assez fortement établi. Divers corps francs, réunis sous le commandement du capitaine Trémant et appuyés par la mobile de l'Eure, devaient traverser la foret de la Londe , enlever les petits postes établis le long de la ligne du chemin de fer ainsi que celui de Château-Robert. Enfin, la colonne du commandant Goujon, avait l'ordre de s'emparer du plateau d'Orival.
Sur notre gauche, à la Maison-Brûlée, l'ennemi, prévenu de notre approche, avait évacué la position, que le colonel Thomas occupa sans coup férir. Sur
la ligne du chemin de fer, le V" bataillon de l'Eure rencontra un petit poste établi dans la maison d'un garde-barrière; il y eut là un léger engagement dans lequel un Prussien fut blessé et un autre fait prisonnier.
Au centre, les francs-tireurs, réunis au nombre de 5 à GOO, atteignirent vers une heure de l'après-midi les hauteurs de Château-Robert. Surpris et n'étant pas en force, les fantassins prussiens qui gardaient ce poste n'opposèrent qu'une faible résistance; après une courte fusillade, ils s'enfuirent, abandonnant sur le terrain deux ou trois des leurs, et ils furent poursuivis jusque dans Aloulineaux; deux compagnies du 4P régiment, qui occupaient ce village, se sauvèrent également en laissant leur repas inachevé, et allèrent s'abriter derrière les tranchées ébauchées par nous pour la défense de Rouen. Le 3^ bataillon de la mobile de l'Eure (capitaine de Rostolan), entré à Moulineaux sur ces entrefaites et excité par ce succès facile, voulut à son tour continuer la poursuite; il s'avança en colonne et d'assurance dans la direction du Grésil ; mais l'ennemi, qui avait établi une batterie à environ un demi-kilomètre au sud de Grand-Couronne, sur la route d'Elbeuf, ouvrit le feu tout à coup, et ses premiers obus tombant au milieu de ce bataillon y causèrent des ravages qui l'arrêtèrent court et le forcèrent à se jeter dans les bois. Une douzaine de mobiles tombèrent gravement blessés, plusieurs mortellement, et parmi ces derniers, le lieutenant de Champigny.
jVotre colonne de droite s'empara sans grande difficulté des positions d'Orival qui, à l'est de la foret de la Londe, dominent la Seine et la ville d'Elbeuf.