CHAPITRE TREIZIEME
Vers dix heures du matin, les francs-tireurs de Louviers et du Neubourg, déployés en tirailleurs en avant de la colonne, couronnèrent ces hauteurs, débusquèrent les postes ennemis qui occupaient le Pavillon et ouvrirent le leu sur les mineurs qui, depuis plusieurs jours, travaillaient avec acharnement pour détruire le viaduc d'Orival. Mais, pendant ce temps, un détachement ennemi, commandé par le lieutenant-colonel de Massoiv, du P' régiment de dragons, était parti des Authieux avec quatre pièces de canon et se dirigeait sur Elbeuf pour y lever une forte contribution de guerre, sous le prétexte gratuit, c'est-àdire intéressé, d'un coup de feu tiré sur une sentinelle, véritable querelle d'Allemand, qui n'avait d'autre but que d'extorquer à la ville une forte somme. L'artillerie prussienne s'étant nûse en batterie près de Saint-Aubin, fouilla de ses projectiles les hauteurs opposées et força nos tirailleurs à se retirer. Le 3M)ataillon de l'Ardèche (capitaine Reboullei) étant arrivé sur ces entrefaites, prit position au rond-point du Pavillon, tandis que les mobilisés du bataillon d'Elbeuf se plaçaient le long de la crête qui domine la Seine, en face du chemin de fer. Quant aux Prussiens, ils s'étaient retirés dans les maisons du Gravier; en outre, un fort détachement occupait la gare de Saint-Aubin avec les quatre pièces d'artillerie. Vers deux heures, au bruit de la fusillade qui éclatait vers Château-Robert, le commandant Goujon établit sur la plate-forme du Pavillon sa section de canons de montagne, ouvrit le feu et lança une première volée à la batterie ennemie. Bien que surpris, les Prussiens ripostèrent par une dizaine d'obus; mais une nouvelle décharge des nôtres tombant au
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milieu d'eux, leur blessa un artilleur, et força les autres à prendre une position couverte, hors de notre portée, derrière les maisons de Saint-Aubin. Alors une de leurs pièces lourdes, prenant le Pavillon pour point de mire, l'atteignit trois fois de suite avec une pn'cision remarquable et fit taire nos deux canons de montagne. Un peu plus tard, les tirailleurs du bataillon de mobilisés tentèrent de s'emparer du pont d'Orival ; mais à peine étaient-ils sortis de la forêt qu'ils y furent ramenés par une grêle de projectiles '. A quatre heures l'engagement était terminé. Grâce aux positions avantageuses occupées par les nôtres, leurs pertes se bornèrent dans cette journée à un franc-tireur tué et deux hommes blessés, parmi lesquels le commandant Goujon, qui eut la jambe traversé par une balle. De leur côté, les fantassins du P' régiment et les artilleurs prussiens eurent quatre ou cinq hommes hors de combat.
Ainsi, dans la soirée du 30 décembre, nous occupions la ligne de défense précédemment choisie par l'ennemi, de la Kouille à Elbeuf. Ce voisinage ayant paru inquiétant au général de Alanteuffel, il résolut de se rendre compte par lui-même de la situation; un train spécial l'amena d'Amiens à Rouen dans la matinée du 31 décembre. Il était suivi d'un bataillon, et il annonça des renforts plus considérables, entre autres le 44" régiment d'infanterie. Dès son arrivée, il donna au général de Bentheim l'ordre de faire sur la rive gauche de la Seine une reconnaissance offensive avec cinq bataillons, afin de s'éclairer sur nos positions et nos forces.
1 \'. Histoire du balaillon mobilisé (V Klbeuf. Caudebec-lès-Elbeuf,