CHAPITRE TREIZIEME
Dans la matinée du 31 décembre, le colonel baron de Meerscbeidt-Hiillessem , à la tête du bataillon du 41" régiment qui, repoussé la veille de Château-Robert, occupait alors Grand-Couronne, se porta sur le village de Moulineaux, qu'il attaqua ; il était soutenu par un bataillon du 1" régiment et appuyé par une batterie qui avait pris position sur la route de Grand- Couronne à Elbeuf. Après avoir essuyé quelques coups de canon, une grand'garde de mobiles de l'Ardèche, établie à Moulineaux, n'eut que le temps de se replier pour ne pas être enveloppée. Château-Robert n'était alors que faiblement gardé par une compagnie de mobiles des Landes et par les francs-tireurs d'Evreux, Pour se couvrir, ces compagnies avaient détaché deux postes, l'un sur la ligne du chemin de fer, l'autre sur le mamelon qui s'élève en avant de Château-Robert. Ce dernier poste fut surpris par les Prussiens, qui, apparaissant tout à coup sur les hauteurs, firent pleuvoir sur les défenseurs du château une grêle de balles. Bien qu'attaqués à l'improviste, nos soldats ripostèrent vivement, et dès les premiers coups ils virent tomber un officier qui s'avançait à cheval au milieu des tirailleurs ennemis. Quelques instants après, le poste du chemin de fer était également attaqué par une autre colonne et forcé de se replier après l'échange de quelques décharges. Dans ce mouvement de retraite à travers les bois, une cinquantaine de mobiles des Landes furent poursuivis et pris par l'ennemi, qui s'étendait sur notre droite pour cerner Château-Robert, où le combat se trouva concentré. Là, sur la plate-forme du château, une trentaine de francs -tireurs et de mobiles opposèrent aux assaillants une énergique ré-
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sistance; mais bientôt cette poignée de braves gens, écrasée par le nombre, fut forcée de mettre bas les armes. Le capitaine Thionet, des francs-tireurs d'Evreux, avec son sous-lieutenant et une douzaine des siens, resta au pouvoir de l'ennemi, ainsi que sept ou huit mobiles des Landes. Pendant l'action, les francs-tireurs du Puy-de-Dôme (capitaine lîezelgues) et ceux de Saintonge (capitaine Planty), au nombre d'une soixantaine en tout, étaient accourus au bruil de la fusillade et avaient pris part à l'engagement qui leur coûta trois hommes tués et quelques blessés.
En ce moment arrivait le général Roy ; parti de Bourgthéroulde, il venait visiter ses avant-postes et les positions conquises la veille. II ne put aller jusqu'à Château-Robert qui venait de tomber au pouvoir de l'ennemi, et il s'occupa aussitôt de rassembler des troupes pour le reprendre. Une compagnie du 3" bataillon des Landes (capitaine de Behr) est d'abord dirigée sur ce point à travers la forêt; à peu de distance du plateau elle rencontre l'ennemi, qui s'avance également sous bois; quelques fusiliers prussiens, se voyant tout à coup face à face avec les mobiles dont ils essuient les coups de feu, lèvent la crosse en l'air et font signe qu'ils veulent se rendre; nos soldats les abordent, et, les considérant comme prisonniers, échangent avec eux leurs coiffures; le capitaine français se dirige vers le chef du détachement ennemi et l'invite à mettre bas les armes; mais ce dernier, se sachant suivi du gros de sa troupe, veut à son tour retenir prisonnier son interlocuteur, et une rixe s'engage entre ces deux officiers; le capitaine de Rehr se précipite sur son adversaire et lui arrache la croix qu'il porte sur la poitrine, mais il essuie deux coups