CHAPITRE TREIZIEME
de repasser précipitamment la Seine sans prendre le temps d'enlever tous leurs blessés. Embusqués derrière la voie Terrée, où se trouvaient leurs réserves, ils continuèrent néanmoins jusqu'à la tombée de la nuit un feu de mousqueterie dont plusieurs des nôtres eurent à souffrir. Les pertes de notre colonne de droite dans cette journée s'élevèrent à une dizaine d'hommes tués ou blessés; parmi ces derniers, on comptait le sous-lieutenant Védie, du 5* bataillon de la légion de Rouen. Les pertes de l'ennemi furent d'environ six tués et d'une quinzaine de blessés, dont un officier. Dans cette dernière démonstration, à laquelle prirent part des détachements des 1"^, 3* et 5* régiments prussiens, l'ennemi avait pour but nonseulement de tater nos avant-postes, mais encore de protéger les pionniers qui continuaient autour du pont d'Orival leur œuvre de destruction. Depuis phisieurs jours, ils s'acharnaient après ce viaduc qu'ils avaient attaqué à différentes reprises, tantôt en le déboulonnant ou en faisant sauter les piles, tantôt en coupant le tablier et en enlevant les travées. Dans la soirée du 31 décembre , trois nouvelles mines firent explosion et achevèrent de rompre cet ouvrage considérable, qui reliait la Normandie à l'ouest et au midi de la France.
Après s'être ainsi maintenu sur les positions d'Orival et de Château-Robert, le général Roy prit quelques mesures défensives ; il prescrivit au colonel Thomas de couper la route dans la côte de Aloulineaux et de faire garnir de tranchées et d'abatis les abords de Château-Robert, où un poste d'un bataillon devait être maintenu en permanence; il sollicita en même temps l'appui des mobilisés qu'il avait eus précé-
demmcnt sous ses ordres et qui étaient restés sous ceux du commandant de la subdivision du Calvados, le général de Lauriston. Celui-ci ne possédait en tout que treize bataillons de mobilisés d'une organisation très-incomplète et manquant de tous les services ; prévoyant, d'ailleurs, l'échec qui attendait le général Roy, il refusa de l'appuyer ou de le suivre, et il persista à rester sur la défensive derrière la ligne de la Rille. Ce conflit fut porté devant la délégation de Bordeaux, qui jugea utile de réunir toutes les troupes de la rive gauche de la Seine sous un même commandement. Par dépêche du ministre de la guerre, parvenue dans la nuit du 1"^ au 2 janvier, le général de Lauriston reçut, sur sa demande, un congé de santé, et le commandement supérieur de l'Eure et du Calvados passa aux mains du général Roy.
Ce dernier, comme on l'a dit plus haut, avait également sollicité le concours de l'armée du Havre, en vue d'une action commune qui devait contraindre l'ennemi à. diviser ses forces. Voici quelle était en ce moment la situation sur la rive droite de la Seine. La nouvelle colonne mobile, partie du Havre sous les ordres du commandant Alouchez, se tenait entre la Mare-Carel et Goderville, un peu en arrière de Bolhec. L'ennemi, de son côté, avait fait occuper Yvetot par un bataillon, un escadron et une batterie. D'Yve toi, les Prussiens poussaient de fréquentes reconnaissances dans les directions de Bolbec et de Fauville; ils observaient avec une attention particulière le cours de la Seine, et, le 29 décembre, la canonnade se fit entendre dans la direction du Trait. C'était une batterie prussienne qui, sur l'ordre du major Burchard, chef du détachement de Duclair, avait pris