CHAPITRE QUATORZIÈME
la durée de son mouvement offensif sur la rive gauche. En réalité, le corps destiné à agir sous ses ordres contre le général Roy se composait de la 1"^^ division d'infanterie, commandée, en l'absence du général de Falkenstein, par le général d'artillerie de Bergmann et renforcée par le 44' régiment et le 1"^ bataillon de chasseurs, avec l'artillerie correspondante et un régiment de cavalerie; en tout, seize bataillons et quatre escadrons, ce qui pouvait former un effectif de 14 à 15,000 hommes.
C'est avec une partie de ces forces que l'ennemi partit de Grand-Couronne, le 4 janvier, vers quatre heures du matin, par une nuit des plus épaisses et par un froid de dix degrés. Formé en plusieurs colonnes, il s'avança en silence, traversa le village de Moulineauxiqu'il trouva inoccupé, et attaqua presque simultanément tous nos avant-postes. Le premier choc fut subi par trois compagnies du 2' bataillon de l'Ardèche, placées en grand'garde sur le mamelon qui domine Château-Robert du côté de Rouen. Le poste avancé, assailli par la fusillade serrée d'une nombreuse infanterie qui, à la faveur de l'obscurité, avait pu s'avancer par les deux versants de la crête, fut forcé de se replier sur les compagnies de soutien qui accouraient à son secours. Il y eut alors une mêlée générale dans laquelle on ne reconnaissait son adversaire qu'à la lueur des coups de feu; l'ennemi continuait de s'avancer en masses profondes, et, après une énergique résistance, les trois compagnies de TArdèche durent se retirer sur Château- Robert pour rallier le reste de leur bataillon. La pente de la montagne, naturellement très-rapide, était rendue plus difGcile encore par l'effet de la neige et de la gelée ;
aussi les nôtres eurent-ils beaucoup à souffrir d'un feu plongeant auquel ils ne pouvaient répondre. D'autres postes, placés sur la crête du ravin qui longe le chemin de fer, furent attaqués en même temps et refoulés soit sur le château, soit sur la Maison-Brûlée.
Dès lors la défense se concentre sur le plateau de Château-Robert. Cette position est attaquée par une colonne secondaire qui débouche par la forêt et le ravin du chemin de fer, tandis que la colonne principale s'avance par la rampe de Moulineaux, sous le feu rasant des défenseurs abrités derrière les retranchements du château. Là, deux ou trois cents mobiles du 2° bataillon de l'Ardèche avec une partie du 3^ bataillon des Landes, sous les ordres du commandant Bétat, opposent aux assaillants les plus héroïques efforts; mais, après avoir disputé le terrain pied à pied pendant une heure, ils sont presque complètement enveloppés et forcés de se retirer sur le carrefour de la Maison-Brûlée, où s'est réuni le V bataillon de l'Ardèche (commandant de Guibert). A ce moment, le jour commence à poindre, mais on n'y voit pas assez pour distinguer les nôtres de l'ennemi, et cette circonstance empêche la réserve d'ouvrir le feu pour protéger la retraite des défenseurs du château, position désormais perdue.
Dans la défense de Château-Robert, le 2' bataillon de l'Ardèche et le 3' des Landes avaient subi des pertes sérieuses, surtout en officiers. Le 1" bataillon de l'Ardèche avait envoyé en avant, pour soutenir la retraite, quelques sections qui avaient également souffert; en outre, il s'était affaibli de deux compagnies (capitaine Sugier), détachées avec deux pièces de canon à Duclair, où l'ennemi faisait mine de vouloir franchir le