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CHAPITRE QUATORZIEME

fleuve. Le 3* bataillon des Landes, fractionné en plusieurs détachements, était presque totalement dispersé, à l'exception d'une compagnie environ, en sorte qu'au carrefour de la Maison-Brûlée il ne restait pas deux bataillons complets à opposer aux douze ou treize du général de Bentlieim.

Cependant des colonnes profondes commencent à se montrer sur la route de Rouen et les avenues de la forêt : il est environ sept heures et demie du matin. Le colonel Thomas, ayant rallié les défenseurs, fait ouvrir un feu roulant de mousqueterie, tandis que les deux pièces de montagne de la batterie des mobilisés du Calvados, placées devant la Maison-Brûlée, enfilent la route de Rouen. La section de canons Armstrong des Basses-Pyrénées est également mise en batterie à quelques centaines de mètres sur notre droite, en face d'une avenue de la forêt où apparaît l'ennemi; mais les artilleurs, qui croient déjà leurs pièces prises, s'enfuient au galop sans avoir même ouvert le feu; bientôt la rapidité de leur course fait sauter un caisson, et cette explosion tue ou blesse plusieurs conducteurs qui s'en seraient peut-être tirés sains et saufs s'ils étaient restés à leur place de bataille. Malgré cet incident fâcheux qui les découvre sur leur droite, et malgré la disproportion du nombre, les nôtres soutiennent cependant la lutte avec acharnement pendant près d'une heure, jusqu'à ce que les masses ennemies ne soient plus qu'à quelques pas ; en ce moment, le colonel Thomas, attaqué de front, est sur le point d'être tourné sur sa droite, du côté de la route de Bourgthéroulde, où la P^ compagnie du 1" bataillon de l'Ardèche (capitaine de Montravel) a failli être enveloppée et a perdu son chef, resté aux.

mains de l'ennemi; il est menacé ^ur sa gauche par une colonne qui monte par la Bouille, refoulant un de nos postes en observation sur ce point; il se résout à ordonner la retraite sur Saint-Ouen-de-Thouberville. Dans cette deuxième phase de l'action , nous éprouvons des pertes sensibles; nos deux canons de montagne, qui n'ont pu brûler que quelques gargousses, sont néanmoins servis jusqu'au dernier moment au milieu d'une grêle de balles, et vomissent encore la mort, quand ils tombent aux mains de l'ennemi : die beiden Jeuerndcn GeschiHze fjenommen '. Si cette circonstance est honorable pour le vainqueur, elle l'est surtout pour les braves gens qui se firent héroïquement tuer sur leurs pièces en essayant de les sauver.

A partir de ce moment, les Prussiens ayant cessé le feu s'établirent à Alaison-Brùlée sans chercher à poursuivre les nôtres, et il s'ensuivit comme une sorte de suspension d'armes tacite. Le général de Bentheim attendait vraisemblablement l'arrivée de son artillerie et de sa cavalerie, qui, à cause des coupures et des obstacles semés sur la route de Grand-Couronne, ne pouvaient avancer que très-difficilement. Le colonel Thomas, de son côté , profita de ce répit pour reformer ses deux bataillons à Bosgouet, en arrière de Saint-Ouen-de-Thouberville, et pour envoyer chercher, à Bourgachai:d, une batterie de 12 rayé, servie par des mobiles du Morbihan (capitaine Redon) et escortée par un bataillon de mobilisés du Calvados. Il était onze heures lorsque ces renforts arrivèrent à Bosgouet.

Maître désormais du carrefour de Maison-Brûlée

' V. Wartenslcben : Die Operationen der I. Armée. Berlin.

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