CHAPITRE QUATORZIEME. 3M
et en possession de son artillerie, Je général de Bentheim forma ses troupes en trois colonnes qu'il lança sur les points oîi il savait les nôtres concentrées. A son aile droite, deux bataillons du 3^ régiment, sous les ordres du colonel de Légat, durent s'avancer sur la route de Bourgachard ; au centre, le colonel de Busse, avec un bataillon du 43* régiment et le 44% fut dirigé sur Bourgthéroulde; enfin, à sa gauche, le 41' régiment, sous les ordres du colonel de Meerscbeidt-HùUessem , prit à travers la forêt une avenue qui conduit dans la direction de la Londe. Nous allons suivre successivement, en commençant par notre gauche, la marche de chacune de ces colonnes.
A Bosgouet, en arrière de Saint-Ouen-de-Thouberville, le colonel Thomas a fait reformer ce qui reste des bataillons de mobiles , auxquels on a distribué des cartouches de réserve ; il les déploie à droite et à gauche de la route, sur laquelle il fait avancer la batterie de 12 ; puis il se prépare à opérer un vigoureux retour offensif A sa voix, les débris des bataillons de l'Ardèche et 'des Landes, des mobilisés du Calvados et quelques francs-tireurs de Caen, de Lisieux, du Puyde-Dôme et de Saintonge, fondent avec impétuosité sur l'ennemi, qui, surpris par cette attaque, se retire sur Saint-Ouen-de-Thouberville. Les nôtres ouvrent aussitôt un feu à volonté sur toute la ligne, tandis que les pièces de 12, mises en batterie sur la route, tonnent pendant une demi-heure et empêchent les Prussiens d'avancer. Un nouveau combat sérieux s'est engagé ; il tourne à notre avantage, car notre droite, gagnant du terrain à la faveur du brouillard, serre de très-près l'aile gauche prussienne et menace de l'envelopper;
mais le colonel de Légat se voit tout à coup dégagé, grâce à l'inteiTention inattendue de son artillerie, qui, retardée jusque-là par la coupure de la route, entre subitement en ligne, crible les nôtres de mitraille, à la distance d'environ trois cents pas, puis les couvre en peu de temps d'une centaine d'obus. Le trouble commence à se mettre dans nos rangs; le colonel Tbomas charge les premiers fuyards et les ramène énergiquement au combat; mais, menacé d'être enveloppé à son tour, prévenu que la plupart des mobiles ont épuisé leurs munitions, il se voit hors d'état de continuer cette lutte inégale qui ne lui laisse plus aucun espoir de succès. N'ayant reçu ni ordres, ni renforts du quartier général, il se replie de nouveau en arrière de Saint-Ouen-de Thouberville, et prend rapidement la route de Bourgachard, afin d'éviter la poursuite de l'artillerie et de la cavalerie qui ne tardent pas à le suivre, timidement d'abord, mais d'assez près. Arrivé à Bourgachard, il s'apprêtait à faire reformer sa colonne, quand son arrière-garde lui signala la présence de l'ennemi; il continua sa retraite par Routot, où il rallia le détachement qu'il avait envoyé vers Bardouvillc pour surveiller la rive gauche de la Seine. Enfin, après une halte d'une heure à Routot, il poursuivit sa route sur Pont-Audemer, où il arriva très-affaibli vers onze heures du soir.
Dans les combats successifs de Château-Robert, de Maison-Brûlée et de Saint-Ouen-de-Thouberville , notre colonne de gauche avait perdu une quarantaine d'hommes tués, à peu près 80 blessés et environ 250 prisonniers, parmi lesquels 7 officiers. Ces pertes portèrent pour la plus forte partie sur les bataillons de l'Ardèche et des Landes, qui avaient soutenu