‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 165 sur 207 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

presque seuls le principal effort du combat et contenu jusque vers neuf" heures du malin treize des bataillons du général de Bentheim, luttant ainsi dans la proportion de un contre quatre ou cinq, défendant le ter rain pied à pied et opposant à l'ennemi la plus admirable résistance. Voilà les mobiles que tant de gens avaient intérêt à décrier ! Il est certain qu'aucune troupe de ligne ne se fut mieux conduite que ces soldats improvisés; non-seulement ils sauvèrent l'honneur de la journée, mais ils firent payer cher à l'ennemi les positions de Château-Robert et de Aloulineaux. Dans ces diverses attaques, les 3' et 4P régiments, ainsi que le 1" bataillon de chasseurs prussiens, perdirent une trentaine d'hommes tués, dont deux officiers, et une centaine de blessés. Le 3" régiment fut celui qui eut le plus à souffrir : il eut à lui seul une vingtaine de tués, parmi lesquels les seconds lieutenants Dallmer et Liebe, et en outre un officier avec plus de quatrevingts hommes hors de combat.

Après avoir pris part au retour offensif dirigé par le colonel Thomas sur Maison-Brûlée, les artilleurs de la batterie du Morbihan, ainsi que le bataillon de mobilisés du Calvados qui lui servait de soutien, s'étaient retirés, vers midi, sur Rougemontier; ils se croyaient sans doute couverts par les mobiles de l'Ardèche qui, comme on sait, avaient pris le chemin de Routot, lorsque, vers cinq heures du soir, ils se virent subitement attaqués par une colonne volante qui, à la faveur d'un brouillard épais, s'était mise à leur poursuite. Ce détachement, conduit par le major Preinitzer, commandant l'artillerie de la V" division d'infanterie prussienne, se composait d'une compagnie du 3® régiment montée sur des voitures, de deux

pelotons du 1" dragons, et d'une section d'artillerie. Les premiers éclaireurs qui se présentèrent à Rougenionlier ayant essuyé quelques coups de feu, le major Preinitzer prit aussitôt ses dispositions : l'artillerie se plaça sur la route, à environ huit cents mètres du village, ayant à sa droite l'infanterie, à sa gauche la cavalerie ; puis, à un signal bruyant, donné par tous les clairons réunis, l'attaque commença. L'infanterie ouvrit le feu, tandis que l'artillerie lançait une vingtaine d'obus sur Rougemontier. Deux de nos pièces, placées à l'entrée de ce village, essayèrent de répondre à celles de l'ennemi, pendant que quelques francs-tireurs ripostaient à la fusillade ; mais, au milieu de l'obscurité qui régnait alors, il était impossible de juger à quelles forces on avait affaire, et bientôt les gardes nationaux, effrayés par les hurrahs, se sauvèrent dans toutes les directions, abandonnant une voiture de munitions et deux pièces, qui tombèrent plus tard aux mains de l'ennemi. A la suite de cette panique, toutes les troupes qui se trouvaient aux environs rétrogradèrent en désordre sur Pont-Audemer et même sur Honfleur et Pont-l'Evêque. C'en était fait désormais de notre colonne de gauche.

Depuis longtemps déjà celle du centre n'existait plus. Dès le matin, au bruit de la fusillade qui éclatait vers Château-Robert, la 2' compagnie du 3' bataillon de l'Eure avait été envoyée en reconnaissance dans cette direction; à peu de distance de Bourgthéroulde, elle rencontra des estafettes venant apporter au général Roy l'avis que les grand'gardes de l'Ardèche et des Landes avaient été surprises et écrasées. Quelques instants après, le capitaine de Roisgelin, du 1" ba-

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