CHAPITRE yUATORZllhlK
taillon de l'Eure, accouru de Saint-Ouen-de-Thouberville, à travers les bois, annonçait que l'ennemi, maître du carrefour de la Maison-Brûlée, marchait à la fois sur Bourgachard et sur Bourgthéroulde. Le général Roy, ainsi qu'il était facile de le prévoir, s'était vu coupé de ses ailes dès le début de l'engagement, parce qu'il avait négligé de faire occuper la forêt de la Londe, dont l'ennemi était complètement maître. Il resta donc sans aucune communication avec le colonel Thomas, et il eût sans doute été enlevé lui-même par les quatre bataillons du colonel de Busse, si un épais brouillard n'avait pas dérobé à l'ennemi la faiblesse numérique de ses adversaires. Le général Roy n'avait avec lui que deux bataillons de mobiles, un peloton de chasseurs, et quelques francs-tireurs; toutefois, il ne voulut pas céder le terrain sans combattre. Il détacha quatre compagnies du l""" bataillon de l'Eure sur la route d'Elbeuf, deux autres sur celle de Bourgachard, et, laissant une réserve à Bourgthéroulde, il se porta lui-même avec ce qui lui restait à la rencontre de l'ennemi. Un peu avant dix heures, les premiers tirailleurs prussiens débouchèrent sur la lisière de la forêt de la Londe, et il s'engagea, de ce côté, une courte, mais vive fusillade. Les francs-tireurs de la 2' compagnie du Calvados, dont le chef fut tué dès les premiers coups; puis quelques compagnies de mobiles, jetées à la hâte le long des fossés, arrêtèrent un instant lavant-garde du colonel de Busse; mais bientôt, assaillis de tous côtés par une grêle de balles, les nôtres furent refoulés jusque dans Bourgthéroulde. Là, le général Roy donna le signal de la retraite, et le commandant Guillaume, du 1" bataillon de l'Eure, fut chargé de
la couvrir. Une faible arrière-garde, composée d'une quarantaine de mobiles, s'embusqua derrière l'église, fit bravement tête aux Prussiens qui débouchaient par les routes de Rouen et d'Elbeuf et les tint quelque temps en respect. Grâce à la résistance énergique de cette poignée d'hommes, et à la faveur du brouillard qui, en ce moment, redoublait d'intensité, le reste de la colonne put se retirer sur Brionne sans être poursuivi ni inquiété '. Cet engagement coûta aux nôtres huit hommes tués, au nombre desquels le capitaine Pascal, des francs-tireurs du Calvados, et une douzaine de blessés, dont le capitaine de Saint- Foy, des mobiles de l'Eure. Le bataillon du 43' régiment prussien , qui fut seul engagé dans cette affaire , eut une dizaine de soldats atteints plus ou moins grièvement. A dix heures et demie du matin, Bourgthéroulde était au pouvoir de l'ennemi, ce qui explique comment les ailes du général Roy, coupées l'une de l'autre, se trouvèrent en même temps sans communication avec le quartier général.
Le plateau d'Orival devait être assailli simultanément par un détachement venu de Pont-de-l'Arche et par la colonne qui, de la Maison-Brûlée, avait été dirigée à travers la forêt sur le village de la Londe. Cette dernière se composait, comme on l'a vu plus haut, du 43^ régiment d'infanterie; le colonel de Meerscheidt, qui la commandait, devait se relier avec le lieutenant-colonel de Massow, venu par Elbeuf, pour isoler, cerner et jeter à la Seine l'aile droite du général Roy. Mais les entreprises de ces colonnes avortèrent toutes les deux par suite de circonstances
' V. Souvenirs d'un mobile du Vexin. Paris.