CHAPITRE QUATORZIÈME
que nous allons faire connaître. Au bruit de la violente fusillade qui avait éclaté dès le matin à Château-Robert, le commandant de Montgolfier avait fait doubler les avant-postes, et prendre les armes à son détachement, qu'il concentra sur le plateau du Pavillon d'Orival. Dès la veille, il avait prescrit à la compagnie des francs-tireurs de Seine-et-Oise (capitaine Poulet-Langlet) , cantonnée à Saint-Ouen-de-la- Londe, de pousser une reconnaissance sur Châ- 'teau-Robert, et c'est cette compagnie qui se trouva aux prises avec le colonel de Meerscheidt. Parti de Saint-Ouen dans la matinée du 4 janvier, au bruit de la fusillade, le capitaine Poulet-Langlet traversait le village de la Londe, lorsqu'un paysan tout essoufflé vint le prévenir qu'il y avait autour de sa maison une dizaine de fantassins prussiens; une section de francstireurs s'avança pour s'en assurer, et elle se trouva aussitôt en face, non d'une escouade, mais d'un bataillon qui la reçut par une grêle de balles. Le capitaine Poulet-Langlet fit immédiatement occuper les quatre chemins qui aboutissent au carrefour du village, et il envoya une seconde section pour appuyer celle qui se trouvait engagée. Grâce au brouillard, qui ne permettait de loir qu'à quelques pas, l'ennemi fut trompé sur la force des nôtres; chaque fois qu'il se présentait au débouché d'une rue , il essuyait des coups de feu, en sorte qu'il crut le village fortement occupé'. En réalité, il ne s'y trouvait alors que les francs-tireurs de Seine-et-Oise et une section du 3^ bataillon de l'Ardèche, chargée de la garde des bagages, qui fut elle-même attaquée sur un autre
^ V. Rapport de la comp"^ des francs-tireurs de Seine-et-Oise. Poissy.
point. Ces mobiles se défendirent énergiquement, et, avec l'appui des francs-tireurs, ils purent emmener la caisse et les munitions de réserve de leur bataillon. Cependant, au bruit de la fusillade, le commandant de Montgolfîer avait renforcé le poste de la Bergerie, qui avoisine la Londe, et dirigé sur ce village deux compagnies du 2" bataillon de l'Eure, et une de la Loire-Inférieure. A l'arrivée de ce renfort, les Prussiens s'empressèrent de rentrer dans la forêt, emmenant leurs prisonniers et incendiant une ferme" derrière eux. Nous perdîmes, dans cette affaire, sept hommes tués, dont un officier, le sous-lieutenant Joigneau, des francs-tireurs de Seine-et-Oise, douze blessés et une quarantaine de prisonniers. Le 4P régiment prussien, de son côté, avait subi, en tués et blessés, des pertes à peu près égales.
On sait que la marche du colonel de Meerscheidt sur la Londe était combinée avec une attaque qui devait être faite par Pont-de-l'Arche, contre Elbeuf et Orival. Cette attaque eut lieu en effet, mais elle demeura également sans résultat. Vers sept heures du matin, le lieutenant-colonel de Massow, des dragons lithuaniens, ayant réuni entre Alizay et Igoville un détachement composé d'une partie du 1" régiment d'infanterie, d'un escadron de dragons et d'une batterie, franchit la Seine à Pont-de-l'Arche et s'avança par Criquebeuf et Martot dans la direction d'Elbeuf Cette ville était occupée par le 1" bataillon des Landes, six compagnies de mobilisés, les francs -tireurs de Louviers et des gardes nationaux volontaires. Vers neuf heures, les premiers éclaireurs pénétrèrent jusque dans Caudebec-lès- Elbeuf; quelques coups de feu furent échangés, et les dragons poursuivis jusqu'à