‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 169 sur 207 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

ces pour nos armes, nos troupes de Norn)andie y avaient indirectement contribué, car c'est leur mouvement offensif qui avait forcé le général de Manteuffel à envoyer neuf bataillons d'Amiens à Rouen ; or, il est évident que si ces renforts, au lieu d'être sur la Seine, s'étaient trouvés sur la Somme le 3 janvier, ils auraient pu modifier les résultats. Nos efforts sur la basse Seine ne furent donc pas tentés en pure perte, et si ces mouvements offensifs, au lieu d'être isolés et décousus, eussent été concertés et combinés, on peut être fondé à croire qu'ils auraient eu des conséquences décisives.

Après l'échec du 4 janvier, toutes nos troupes de l'Eure avaient repassé la Rille ; quelques corps s'étaient même repliés jusque sur la Touques; c'était la conséquence d'une panique qui s'était produite à Pont- Audemer, dans la nuit du 4 au 5, à la suite de la surprise dont les mobilisés du Calvados avaient été victimes à Rougemontier ; panique dont fut témoin le commandant Mouchez, qui était venu seul ce jourlà du Havre à Bourgachard, pour se concerter avec le commandant de la rive gauche. Dans la journée du 5 janvier, le général Roy réoccupa Pont-Audemer à la tête d'un bataillon de mobilisés du Calvados et des gardes nationaux sédentaires de Bernay , et il rentra le lendemain à Rrionne.

Dans la journée du 7, des reconnaissances ennemies se présentèrent sur toute la ligne. Sur notre droite , des éclaireurs du général de Rheinbaben , partis de Damville, s'avançaient jusqu'à Breteuil, où ils rencontraient des francs-tireurs; puis, après avoir échangé des coups de feu pendant un quart d'heure aux abords de cette ville, l'ennemi regagnait ses can-

tonnements, emmenant un landwehrien du 2^ régiment de grenadiers de la garde, blessé dans cette rencontre. Pendant ce temps, les reconnaissances du général de lîentheim attaquaient nos avant-postes de la Rille sur plusieurs points, notamment au Bosrobert, en avant de Hrionne, et à Appeville, sur la lisière de la forêt de Montfort, où un dragon lithuanien fut tué.

Tandis que le général Roy s'occupait de réorganiser la défense de la vallée de la Rille, le ministre de la guerre, ayant appris les résultats de son mouvement offensif, lui adressait des dépêches dans lesquelles il lui reprochait, en termes fort vifs, d'avoir adopté de mauvaises dispositions et de s'être laissé surprendre par l'ennemi. En même temps il le remplaçait par le colonel Saussier, du 4P de ligne, qui fut pronm au grade de général de brigade, et chargé du commandement des forces réunies dans l'Eure et le Calvados. Le 9, le général Saussier vint se mettre à Brionne à la tête de ses troupes, qui se trouvaient réparties le long de la Rille. Par suile de la réunion du corps de l'Eure et des mobilisés du Calvados, il disposait de près de 20,000 hommes, et il reçut l'ordre d'organiser, avec ces divers éléments, une division destinée à faire partie du 19* corps en formation. La 1" brigade de cette division resta aux ordres du général Roy, la seconde fut placée sous le colonel de Gouyon.

L'armée du Havre devait également former une division pour le 19' corps; mais, avant d'arriver à cette formation, nous devons dire quelques mots des événements, d'ailleurs peu importants, survenus dans ces derniers jours en avant du Havre.

CHAPITRK QUATORZIÈME. -i^îS

Tandis (jue le général Roy échouait aux portes de Rouen, le général Peletingeas se tenait, avec une colonne mobile d'une dizaine de mille hommes et trois batteries, entre Bolbec et Goderville, avec son quartier général à Bréauté. Il était opposé au général de Prilzehvitz, qui, chargé d'observer le Havre, occupait la ligne de DuclairàRarentin, avec la brigade de Zglinitzki et celle du comte de Brandebourg. L'ennemi avait poussé jusqu'à Yvetotun fort détachement, afin de s'éclairer dans la direction de Bolbec et de Fauville; il y eut même dans cette dernière localité quelques coups de feu échangés entre les éclaireurs des deux partis. Au moment où les opérations recommençaient dans le Nord ainsi que sur la rive gauche de la Seine, un mouvement offensif de l'armée du Havre sur la ligne de Rouen à Amiens aurait certainement bouleversé tous les projets de l'ennemi, mais ce mouvement ne devait pas être tenté. Tout ce que fit le général Peletingeas fut de porter, le 2 janvier, sa colonne mobile en avant de Bolbec, entre Lanquetot et Xointot. Le même jour, nos hussards allèrent éclairer la route de Rouen; cinq d'entre eux s'avançant vers Alvimare rencontrèrent sur les limites de cette commune, aux abords d'Alliquerville, une patrouille du 2' régiment de dragons de la garde à laquelle ils blessèrent un cavalier. Ce furent là les seuls coups de feu échangés. Peu au couFant de la situation militaire, mal renseigné sur les forces de l'ennemi et voyant dans ses reconnaissances sur Fauville les indices d'un mouvement tournant, le général Peletingeas avait résolu de se replier sur les lignes de défense, et il fit convoquer le 3 janvier les divers comités et corps constitués de la ville du Havre

pour les associer à la responsabililé de cette détermination. Approuvé peut-être par les autorités civiles et les gens incompétents, ce projet souleva chez les militaires, officiers supérieurs ou chefs de service, une opposition à peu près unanime; néanmoins, la colonne mobile du Havre reçut l'ordre de reprendre les positions qu'elle occupait précédemment, de Beuzeville à Goderville. A peine ces troupes étaient-elles en marche, dans la matinée du 4 janvier, qu'elles entendirent très-distinctement le canon qui tonnait en ce moment sur les hauteurs de IJosgouet et de Sainl-Ouen-de-ïhouberville ; le son se propageant sur la terre gelée produisait une illusion telle, que l'on crut un moment à un combat d'arrière-garde; plusieurs bataillons s'arrêtèrent spontanément pour faire face à l'ennemi; mais nos éclaireurs n'ayant rien signalé, on attribua cette canonnade à un engagement de notre flottille sur la Seine, et le mouvement rétrograde fut continué. Dans la soirée, le général Peletingeas, ayant appris la défaite de nos troupes de l'Eure , s'empressa de replier les siennes. Elles se mirent en marche pendant la nuit, arrivèrent dans l'après-midi du 5 janvier aux environs du Havre, et prirent leurs cantonnements sur la ligne d'Harfleur à Alontivillierset Octevillc. Pendant cette sortie d'une douzaine de jours, cette colonne mobile fut presque toujours en mouvement; mal vêtus, mal chaussés, sans distributions de vivres régulières, bivouaquant sur la neige par un froid de 12 à 15 degrés, nos soldats rentrèrent au Havre plus que décimés par la maladie; ils avaient dépensé en détail dans les alertes perpétuelles, les reconnaissances, les marches et contre-marches qu'on leur fit exécuter, une énergie,

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