‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 17 sur 207 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

de Funcke fit détruire le télégraphe, et prescrivit une série de mesures minutieuses ; un poste d'une trentaine d'hommes, commandés par un officier, fut établi à la gare; un poste semblable placé à la bifurcation des routes de Beauvais et d'Etouy; celles de Mouy et de Creil furent gardées avec le même soin et parcourues par de nombreuses patrouilles; le passage sur ces routes était strictement défendu aux habitants, et la circulation interdite dans la ville à partir de neuf heures du soir.

Tandis que Clermont recevait une garnison saxonne, le général Senfft dirigeait sur Beauvais sa brigade renforcée de deux bataillons du 2' régiment à pied de la garde prussienne. Parti de Sentis le 29 septembre, ce détachement arriva le 30, vers onze heures du matin, aux portes de Beauvais, et, comme jadis César, le chef saxon s'empara sans coup férir de l'antique cité des Bellovaques; pénétrant dans la ville par toutes les rues à la fois, les Allemands arrivèrent tambour battant et musique en tête sur la place où s'élève la statue de Jeanne Hachette. Hélas! depuis le temps où cette héroïne, enflammant par son exemple le courage de ses concitoyens, avait repoussé les assauts des Bourguignons, les circonstances et les conditions de la défense étaient bien changées. Outre qu'elle avait perdu ses remparts, la ville de Beauvais, évacuée par les autorités militaires, n'avait aucune troupe régulière à opposer à l'envahisseur; le préfet lui-même l'avait quittée la veille, et la municipalité, dépourvue de moyens de défense, dut inviter la population à s'abstenir de toute attaque.

En présence d'une telle attitude , le colonel de

SJandfost, rlicf du 3'^ régiment de dragons saxons et commandant du détachement, ne pouvait guère prendi'c les allures d'un conquérant; aussi s'annonçat-il comme un honnête pourvoyeur qui venait faire (les provisions, promettant de payer tout ce qu'il prendrait. II engagea les habitants à continuer leur marché, et l'intendance de l'armée de la Meuse lit immédiatement aflicher et publier un avis par lequel elle informait les cultivateurs des achats qu'elle désirait faire et des prix qu'elle entendait payer. Par ces cauteleuses promesses, qui ne devaient pas être longtemps suivies d'effet, les Saxons espéraient faire de Jleauvais un centre de ravitaillement sans s'exposer à soulever les populations, ce qui aurait pu avoir pour eux de graves inconvénients, car ils se trouvaient isolés, en flèche et hors de la portée de tout secours, au milieu d'une ville de près de quinze mille habitants. Pour prévenir ce danger, le colonel de Standfest fit publier partout une proclamation, en dix articles, dans laquelle il faisait connaître, entre autres choses, « que toute attaque fiiite par surprise !) aurait pour conséquence l'incendie du lieu, et que » les communes étaient rendues responsables de « tout acte d'hostilité commis sur leur territoire. » La responsabilité des communes avait été indiquée par Napoléon I" comme un des grands moyens moraux à employer pour maintenir dans l'obéissance les pays conquis; les Allemands allaient appliquer ce principe avec la dernière rigueur, et nous ne verrons que trop souvent les populations punies par le meurtre, le pillage et l'incendie, pour des faits de guerre qu'elles ne pouvaient ni moralement ni matériellement empêcher.

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