CHAPITRE DEUXIÈME
A peine installés, les Saxons poussèrent en avant de fréquentes patrouilles, afin de s'éclairer dans les principales directions. Le 1" octobre, une reconnaissance, composée d'un escadron des dragons de la garde sous les ordres du capitaine de Klenck, partit de Clermont sur Breteuil. Cette dernière ville avait alors comme garnison un bataillon de marche du 43^ de ligne, le 2' bataillon des mobiles de la Marne et le 4^ de la Somme. En outre, la gare était occupée par un autre bataillon de mobiles. Connue à Breteuil vers midi, l'approche de l'ennemi y causa une alerte des plus vives ; plusieurs compagnies prirent les armes et se rendirent à leurs positions de combat; mais les dragons, après avoir observé quelque temps nos avant-postes et reconnu le terrain, tournèrent bride sans avoir été inquiétés. En passant à Saint-Just, le capitaine de Klenck annonça l'arrivée pour le lendemain d'un détachement de 5,000 hommes et de deux batteries, pour lesquels il fit préparer le logement. Ce stratagème , très-familier aux Allemands , était alors peu connu de nos troupes ; en apprenant cette nouvelle, la garnison évacua Breteuil. On était tellement persuadé que la ville serait occupée le lendemain par la colonne ennemie annoncée à Saint- Just, que l'on fit sauter derrière nos soldats le viaduc de Courcelles , sans prendre même le temps d'évacuer le matériel du chemin de fer, qui tomba plus tard entre les m.ains de l'ennemi. Le 2 octobre, les Saxons revinrent en efiet , mais fort peu nombreux, et, après s'être assurés du départ des troupes françaises, ils reprirent la route de Clermont.
Ainsi, au commencement d'octobre, la division de cavalerie saxonne du comte de Lippe, forte de
seize escadrons et de dix-huit canons, et à laquelle on avait adjoint trois bataillons du 2" régiment à pied de la garde prussienne, avait occupé, sans rencontrer de résistance sérieuse, les villes de Senlis, Chantilly, Creil, Clermont, Beauvais, et, étendant peu à peu son rayon d'occupation, couvrait le cours moyen de la rivière de l'Oise.
Pendant ce temps, dans la vallée basse, déjà si éprouvée par le premier passage de l'ennemi, la présence continue de ses fourrageurs avait t'ait naître une émotion croissante et une indignation mal contenue.
Dès le 21 septembre, le général d'infanterie d'Alvensleben, commandant le 11^ corps, qui occupait Saint-Brice, avait lancé ses détachements de réquisition dans la direction de Pontoise et de l'Isle-Adam. Dans cette dernière ville, les Prussiens, n'étant pas satisfaits des fournitures, brisèrent les portes des habitations et des caves, et se livrèrent à des actes de pillage et de vandalisme qui exaspérèrent la population '. Quelques hommes de cœur, des gardes nationaux mal armés, des volontaires avec leurs fusils de chasse, habitants de Parmain, de l'Isle-Adam, de Valmondois et des communes voisines, résolurent de châtier ces pillards. Le 23 septembre, ils dressèrent des embuscades sur la rive gauche de l'Oise, en face du château de Stors, et des fourrageurs prussiens, qui revenaient de réquisitionner à Pontoise, furent surpris à leur retour par une vive fusillade qui leur blessa quelques hommes, entre autres un officier du 71' régiment d'infanterie, chef de l'escorte.
* V oy. Ucsjardins : Tableau de la (juen-e des Allemands. Versailles.