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CHAPITRE QUATORZIEME

de Alemerty. Sur la Seine, les forces ennemies étaient donc rcdiiiles à seize bataillons et seize escadrons, avec lesquels le général de Bentheim occupait la ville de Rouen, la ligne de Bourgachard à Pont-de-l'Arche sur la rive gauche, et celle de Duclair à Pavilly sur la rive droite. Ainsi affaibli, il devait nécessairement se tenir sur la défensive; il se contenta donc d'en- T?oyer dans la direction du Havre, de Fécamp et de Dieppe, des détachements d'observation, des colonnes volantes et des simples reconnaissances.

Un de ces détachements parut le 10 à Gainneville C'était le même qui était venu le 6 jusqu'à Routot, d'où il avait fait sur la Queue-du-Gril une reconnaissance à coups de canon ; le 7, il avait marché sur Fauville, le 8 sur Fécamp, et, après être rentré au camp de Bouville, il s'avançait de nouveau le 9 jusqu'au delà de Lillebonne. Il était composé, comme précédemment, d'une compagnie montée sur des voitures, d'un escadron et de deux canons , sous les ordres du capitaine de Kczewski, du 5^ régiment d'infanterie. Par suite de la concentration de troupes qui s'était opérée au Havre en vue d'un embarquement, il ne restait alors aux avant-postes que des mobilisés : une partie de ces troupes couvrait la route du Havre en avant d'Harfleur, s'étendant du château d'Orcher à celui de Bainvillers ; Gainneville n'était occupé le 10 janvier que par la 4^ compagnie du 2' bataillon de la légion de Rouen (capitaine Lecerf', qui s'y trouvait de grand'garde et s'était établie dans une ferme située en face de l'église. Vers six heures du matin, le capitaine de Kczewski, parti pendant la nuit de Saint- Antoine-la-Forêt, arrivait à Gainneville, en vue de nos avant-postes. Il prit position au lieu dit la Alai-

son-Blanche, établit ses deux pièces en face du pavillon Holker et se mit en devoir de recommencer une canonnade qui, cette fois, ne devait pas rester complètement impunie. Déployés derrière les haies, les fossés et les clôtures des fermes, les mobilisés accueillirent l'ennemi par une vive fusillade et le maintinrent à distance pendant plus d'une demiheure; mais, ayant épuisé leurs faibles munitions et ne se sentant pas soutenus , ils se virent forcés de se replier sur Gonfreville-l'Orcher. Les Prussiens les suivirent en lançant de diverses positions une trentaine d'obus, qui n'occasionnèrent que des dégâts matériels insignifiants; vers huit heures, ils reprirent la direction de Bolbec, emmenant avec eux cinq hommes hlessés, dont deux mortellement. De notre côté, deux mobilisés furent légèrement atteints, et une femme de Gainneville eut l'épaule traversée par une balle.

A la suite de cet engagement, l'armée du Havre resta établie derrière ses lignes de défense. A partir de cette époque, les événements décisifs vont se précipiter : le 10 janvier, la capitulation de Péronne a rendu l'ennemi complètement maître de la ligne de la Somme ; le 12, notre armée de la Loire essuie au Mans un désastre irréparable; nos armées de l'Est et du Nord luttent encore, mais avec plus de résignation que d'espoir de succès ; Paris bombardé se prépare à faire son dernier effort; de toutes parts on pressent l'approche de la crise suprême.

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