CHAPITRE XV
Événements en Xormandie depuis la prise du Mans jusqu'à la bataille de Saint-Quentin. — Evénements sur la rive droite de la Seine. — Formation d'une armée du Havre sous le général Loysel (12 janvier). — Situation militaire à Rouen — Effectifs des deux partis. — Rencontres de Bolbec et de Alirville (14 janvier). — Rencontre et combat de Saint- Romain (15 et 17 janvier). — Evénements sur la rive gauche de la Seine : Rencontres de Brestot (S janvier), du \eubourg (11 janvier) et de Bourneiille (13 janvier). — Mouvement du général Saussier sur Lisieus et Argentan. — Embuscades à Roman (10 et 11 janvier). — Rencontre de Gouville (17 janvier). — ilarche du général de Rheinbaben sur Verneuil. — Engagement du Fidelaire (18 janvier). — Bataille de Saint-Quentin et dernière sorùe de l'armée de Paris (19 janvier).
On a vu, dans le chapitre précédent, que pour renforcer l'armée du général Chanzy, le ministre de la guerre avait prescrit la création d'un nouveau corps, composé en grande partie des troupes de Xormandie, et que la garnison du Havre devait dans le principe en former la 3' division. Le commandement de cette division fut dévolu à un évadé de Metz, le général Loysel, qui aiait précédemment fait partie de l'étatmajor de la région du Xord, en qualité de lieutenantcolonel, jusqu'au départ du général Bourbaki. Attaché à la fin de novembre au corps du général Jaurès, il avait obtenu là un avancement rapide. Arrivé au Havre le 12 janvier, il prit aussitôt possession de son commandement. Les troupes placées sous ses ordres devaient primitivement, comme on le sait, être transportées par Caen sur Argentan; mais elles avaient été remplacées dans la formation du 19' corps par
celles du général Saussier, et la division formée au Havre par le général Pelelingeas avait été maintenue dans cette place. Quelques jours après son arrivée, le général Loysel élargit les cadres, déjà si faibles, de cette division , en forma deux autres par l'adjonction des mobilisés et prit le titre de général en chef de l'armée du Havre. La première division fut laissée au général Peletingeas ; la seconde confiée à un vrai soldat, le général de brigade Berthe, ancien colonel du 8G' régiment d'infanterie.
Avant de rien entreprendre, le général Loysel fit rentrer son armée dans les lignes de défense afin de compléter son organisation. L'artillerie était insuffisante; on l'augmenta en dédoublant les batteries de l'armée régulière et en armant celles de la mobile. En ce qui concerne la cavalerie, il ne restait au Havre qu'un escadron de hussards avec quelques éclaireurs à cheval ; on soumit les chevaux des particuliers à une sorte de conscription, et on s'occupa de former deux escadrons auxiliaires avec des mobiles. Par malheur ces batteries et ces escadrons ne devaient jamais rendre le moindre service. l\ en fut de même d'un train auxiliaire, créé à grands frais avec des voitures de réquisition, et qui ne fonctionna que dans les rues de la ville. Singulière destinée de l'armée du Havre, qui allait finir par où elle aurait dû commencer : on l'avait jetée en campagne, alors qu'on devait avant tout songer à la former, et on s'occupait maintenant de la former, alors qu'il aurait fallu prendre résolument l'offensive. C'était ou jamais le moment d'agir pour opposer une digue au débordement prussien; il n'y avait plus qu'à marcher, sans perdre de temps, avec les troupes qu'on avait sous