‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 175 sur 207 · CHAPITRE QUIXZIIiME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUIXZIIiME

taie, commandée par un officier, stationnait depuis quelque temps dans les rues, lorsque des tirailleurs havrais, venus de Saint-Antoine-la-Forêt, aperçurent ces cavaliers, et les saluèrent d'une fusillade qui les mit aussitôt en fuite. Au bruit des coups de feu, le second lieutenant de Prittwitz-Gaffron, chef de la patrouille, quitta l'hôtel où il était descendu et essaya de rejoindre sa troupe qui avait déjà disparu par la route de Fauville ; au lieu de suivre cette route, il reprit celle de Rouen ; une trentaine de francs-tireurs l'y attendaient et retendirent roide mort, transpercé de plusieurs balles. Une heure après, on trouva caché dans un bâtiment en construction l'ordonnance de l'officier tué; on le questionna, et on apprit que le détachement, dont nous avons fait connaître plus haut la composition, était en marche sur Bolbec. En effet, avant dix heures il arrivait sur les hauteurs de Caltot ; là les Prussiens essuyèrent de nouveaux coups de feu et perdirent un dragon ; mais aussitôt l'artillerie entra en ligne et, au premier coup de canon, les francs-tireurs, voyant qu'ils avaient affaire à des forces sérieuses, s'empressèrent de regagner leurs cantonnements. L'artillerie continua néanmoins de couvrir Bolbec de ses projectiles et de fouiller le terrain dans toutes les directions. Vers onze heures, la canonnade cessa et, peu d'instants après, la colonne prussienne fit son entrée dans la ville. Lorsque les capitaines de Franfzius, chef du détachement, et de Fiedler, commandant de l'infanterie, apprirent la mort du second lieutenant de Prittwitz, ils se répandirent en menaces et déclarèrent que si, avant trois heures, une contribution de guerre de 50,000 francs n'était pas versée entre leurs mains, la ville serait

a66 LA GUERRE DA\S L'OUEST.

bombardée et mise au pillage. Us se calmèrent néanmoins, après avoir parlementé, et ils consentirent à accepter une somme de 27,000 francs qui avait pu être réunie et qui leur fut versée sur-le-champ. Mais cette convention ne fut pas ratifiée par le quartier général, et le lendemain le capitaine de Frantzius signifia à la municipalité que la contribution était portée à 100,000 francs. Quatre notables pris comme otages et conduits à Roumare, près du général de Zglinitzki, exposèrent que la ville ne pouvait être rendue responsable d'un fait de guerre qu'il n'était pas en son pouvoir d'empêcher. « Vous êtes si bien respon- « sables, répondit l'inflexible général, que si en ce « moment j'apprenais que pareil fait s'est reproduit à « Kolbec, je vous ferais immédiatement fusiller tous v au pied de cet arbre 5> . Cet inexorable ennemi était, comme on le voit, décidé à appliquer dans toute sa barbarie le principe de la responsabilité des communes. La somme fut réunie et versée jusqu'au dernier sou; mais, dans la matinée du 15, sous le prétexte qu'on avait tiré sur un de leurs postes, les Prussiens livrèrent aux flammes le château de Tous-Vents. Ainsi pour un homme tué, la ville de Bolbec se vit livrée à toutes les représailles de la guerre de terreur; contributions, otages, bombardement, incendie, rien n'y manqua, si ce n'est toutefois ce que dans leur jargon barbare les Allemands appelaient « le fu- « sillement «.

Ces violences, qui avaient jeté la contrée dans une profonde consternation, furent bientôt connues au Havre. Il eût été facile de punir ces incendiaires et de les anéantir sur les ruines même qu'ils amoncelaient; nos matelots et notre infanterie de marine,

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